Les Ecrits Vains des Cales Feutrées

L’idée, en fait, serait d’être un écrivain qui n’écrit pas. Les moments qui précèdent la phase de peinture en mots du papier, à la couleur des idées, sont purs et concentrés. Ils n’ont pas encore été délavés par l’observation du pré-auteur qui se voit passer son costume d’auteur et ne se représente alors plus la pureté à jamais perdue de ce surcroît dans le flux de vie qui passe à travers son être étroit.

Cela se joue au millième de seconde. Mais clairement, il y a un avant et un après.

Ne pourrait-il pas se contenter de contempler et savourer l’amplitude de l’onde belle qui revigore ses mornes fibres ?

Il lui semble qu’il faille sans cesse étouffer le souffle premier de la vie que, privilégié, il voit par des couches successives de mise en abîme et de multi-perspectives qui diluent la potion matricielle devenue à ce point du processus tristement insipide, plaquée en deux dimensions sur une feuille ou un écran.

Y a-t-il un rapport entre la vache heureuse d’un pré rousseauiste et les multiples tranches de cuisses exposées chez le boucher, artisan de la déconstruction (ou acharné de la destruction…)

Premièrement, il y a le choc frontal, sensitif et incroyablement simultané.

Puis, quasiment comme un contre réflexe, une main bouclier sur un visage pris pour cible par un ballon sauvageon, l’intellectualisation.

C’est un impensable paradoxe qu’implique cette phase de l’intellect-roi. Est-elle le propre de notre arrogante évolution, objet de convoitise que notre viscéral anthropocentrisme projette sur nos rassurants « inférieurs » ?

Est-ce au contraire le frein à main incrusté de rouille de notre évolution, ce plafond de verre de notre essor spirituel ?

A ce moment là, tout est déjà vain, la pure essence est dès lors engluée dans les boues épaisses de notre égo.

Pourtant la machine s’emballe précisément à ce moment. L’élu, choisi pour embarquer en inconscient moussaillon sur la déferlante, s’observe naviguant et se projette déjà sur l’île de sa destination fantasmée. Ensuite il sera contraint d’arrimer son embarcation à demi brisée par la violence du barreur, obstiné à aller ailleurs que dans le sens des courants. Il devra aussi y construire son habitation et respecter des règles castratrices.

Si il lui reste une once d’honnêteté, il pensera à la vague de vie splendide qui le menait, se disant qu’il aurait du vivre le voyage sans penser à la vague, ni aux rivages irréels, puis profiter de la prochaine vague et encore….

Vivre de vague en vague, sans surprise, sans autre pensée que la surprise, jamais commentée. L’émerveillement aussi nous éloigne : sur l’ile on peut au choix se fracasser ou connaître l’abondance des espaces autocentrés.

Paradis ou chaos, ce ne sont que des bulles produites par une imagination que la peur rend fuyarde.

L’homme qui sait naviguer au loin et aimer les ondulations amples de surface n’est jamais surpris. Les vagues vont et viennent, parfois saccadées et porteuses d’ivresse, d’autres fois simples ridules au visage éternel. Il a navigué longtemps et sait à quoi ressemble une épave osseuse, vestige des prétentions passées. Il connait aussi les navires modernes en acier qui domptent et brisent, miroirs des arrogances modernes.

Sa barque à lui n’a aucune valeur, il y tient pourtant plus que tout : il la donnerait au premier venu… mais les jeunes capitaines, fraîchement engallonnés n’en voudraient pas. Ils ne la verraient même pas, bien au chaud qu’ils sont, recroquevillés dans leur cale feutrée, isolation parfaite, abri anti-vie.

Niyam Draw

niyamdraw@gmx.com

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