經行: Marche Méditative du Zen Soto

En Kinhin — c’est le nom donné à la marche méditative dans le zen Soto — les gens se suivent.

Je suis les gens.
Je suis celui qui suit.

(en toute simplicité…)

En Kinhin, je suis celui que, dans quatre ou cinq pas, je serai.

Mouvement

Au delà de l’allusion à la continuité de l’être au travers des différentes manifestations dans le temps, cette homophonie entre les verbes ‘être’ et ‘suivre’, permet de mettre en lumière le suivi dans la présence.

Une présence (être) suivie (suivre) est ce qui caractérise la conscience, la présence soutenue lors de cette marche à demi-pas.
Chaque pied qui se pose et reçoit le poids du corps est un point sur la droite du temps.
Le tracé en double U de ces différents segments est celui par lequel chaque pratiquant suit celui qu’il deviendra et dont il occupera la place.
Au sens littéral, comme au sens…littéral.

C’est à dire qu’en suivant le sens de la marche, j’en viendrai à occuper le point spatial de celui qui me précède.
Et je serai, ou j’ai été, chacun des membres présents dans chacune des séances.

Inutile de considérer que cette dernière affirmation n’est valable que pour un regard bouddhiste ou qu’elle ne peut être comprise que par le biais oriental des vies successives…
A l’échelle d’une seule vie, si telle est votre échelle, aucune des dispositions psychologiques des personnes en présence ne vous sera inconnue.
Il n’est aucun de ces états que vous n’habiterez, ni aucune de ces personnes qui ne puisse connaître l’état qui est le votre.

A cet instant, sous le toit du Dojo, elles existent toutes.
Mais, le dojo, parfois, est étroit; Aucun problème, brisons les murs:

Et sous le toit du ciel, s’exprime la gamme entière
Des climats intérieurs

Chaque seconde, un équilibre
En mouvement.

Revenons au corps. Mon corps.
Celui qui marche si doucement qu’il semble immobile au visiteur pressé.
Pourtant, chaque seconde l’équilibre évolue.
Peut-on parler d’un équilibre? Cette immobilité dans la seconde, finalement, n’est que mouvement.

Kinhin c’est perdre pied, et s’enraciner dans un même mouvement.
S’enraciner et perdre pied, voilà la définition de la marche.
L’équilibre du déséquilibre, tel est le rappel de Kinhin.

Ce visiteur pressé, est celui que trop souvent je suis dans le monde.
Par la pratique marchée, j’appréhende le mouvement de l’intérieur.
En contemplant un nuage, un arbre, …Je ne peux plus dire qu’il ne se passe rien.
(En observant les lèvres qui s’agitent trop lentement pour mes oreilles agitées, je ne peux plus dire qu’il n’y a rien à comprendre.)
Par cette pratique, nous devenons familiers de la lenteur intérieure.

Temps

En Kinhin, je glisse et me fonds dans le temps.
C’est une danse lente, une chorégraphie en slow motion.
La doublure du tracé en U permet aux corps de se croiser.

Étreinte à distance.
Sonder le fond de l’eau
Du bassin de l’autre.

Autour du Bouddha, l’encens porte les fluides.
Sans se poser, ils s’éventent suivant
Les voies de pieds ainsi tracées.

Le bouddha est au centre.
Les avant-bras horizontaux sont autant de rayons qui prennent successivement la place les uns des autres.
La roue tourne.

En écho fractal, la posture totale du corps s’érige autour du pouce de la main gauche. Ancré à la pointe du sternum, il fait tourner la posture

Doucement, la Sangha s’enroule autour du Bouddha nourricier,
Calmement, les autres doigts de la main le pouce en un écrin. 
.

All the world’s a stage

Kinhin est une scène où se joue une pièce
Qui n’est pas une pièce et qui ne se joue pas.
Ne pas être en représentation, mais représenter totalement.
Accomplir l’unité totale.
Une pièce qui ne se joue pas, mais qui se vit: le rituel religieux, la pratique spirituelle
La représentation du monde, sans représentation au monde. C’est l’enjeu.

Mandala marché, kinhin infuse le monde en retour.
La cloche finale souffle le vent, et les grains de sable se dispersent en suivant les courants.
Il regagnent ainsi leurs zafus.

En horloge agencés, ces petits points noirs figés laissent le temps couler.
Au prochain gong fluet, en trotteuses à nouveau,
Ils habiteront, de tic gauche en tac droit, le mouvement du temps.

Toujours au milieu du poing,
Le pouce guide
Toujours au cœur de l’horloge,
Le Buddha est.

Et de ce centre pulsent
Les KU de minuit.

Franck

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