Abba

En araméen, langue dans laquelle Jésus a transmis la prière que nous entendons depuis l’enfance, il ne dit pas « Notre Père ».
Il débute cette prière par « Abba », papa.

La simplicité entière, le non-attachement parfait dont Jésus fait preuve en appelant l’Esprit « Abba » est une voie pour tous.
L’égo s’effondre, comme l’homme qui tombe à genoux et dépose enfin son fardeau.

L’égo apparait comme la différence entre l’adulte ankylosé dans ses échafaudages mentaux et l’enfant qui appelle son père dans un élan de confiance sans pareil.
L’enfant, c’est ce qui reste quand les étais, les échelles, et les carcans sont partis.

« Abba », c’est la voie du dénuement, le chemin de pauvreté.
Abba, c’est littéralement désarmant de simplicité.

Simplicité dans la perception.
Pour l’enfant, la continuité père-fils/ père-fille ne fait aucun doute.
Pour le Père, l’entité père-fils ne fait aucun doute.
Abba exprime la commune nature entre la racine et la feuille.

Dans la bouche de Jésus, abba s’écrit sans majuscule.
Non pas qu’il n’y ait pas de respect à souligner, mais plutôt du fait que dans le cœur de Jésus, il n’y a simplement pas de germe de pensée de non-respect qui demeure.
abba, sans majuscule, comme une évidence merveilleuse, un euréka de tendresse.

« Notre Père », pourquoi pas…mais ce n’est plus abba.
Non pas de par sa nature, mais par les siècles de trompette clinquante, « Notre Père » est trempé dans la déférence grandiloquente et risque de refléter, d’arroser des semences de distance et de misérabilisme artificiel.
Deux caractéristiques aussi bien politiquement utiles que spirituellement dommageables.


Si Jésus n’avait  prononcé que ces deux syllabes, cela n’aurait rien changé.
Peut être est-ce tout ce qu’il a dit, ‘abba‘, car dans ces deux sons, tout est déjà dit.

L’amour, la confiance, l’abandon qui ne se pensent pas.
Pas la position d’un intellectuel confronté à des choix et qui sélectionne les plus raisonnables, mais l’enfant qui fait tout ce qu’il sait faire, tout ce qu’il peut faire.
Ou l’adulte qui fait tout ce qui lui reste à faire…en appeler à son père familier.

Abba, c’est la posture initiale, qui permet de dérouler tout ce qui suit.
Tous les mots qui ne naissent pas de abba, sont inutiles, viciés, récupérés.
Une relation au spirituel qui ne procède pas de abba est inutile, viciée, récupérée.

Jésus donne la couleur à la prière, à toutes les prières. Il définit la spiritualité.


Deux syllabes en miroir l’une de l’autre,
comme deux mains qui se joignent par les paumes.
L’aller, le retour, ‘ab.ba’,
Puis le silence.
Dernier mot avant le champ d’expérience.

L’univers entier rétrécit, tient entre nos mains, se dissout en nos cœurs et devient le profond soi.

Abba, balbutiement instinctif, syllabes universelles dont l’articulation intérieure engendre les univers.

Abba, fils de l’Om
Toute puissance, miséricorde et sagesse infinie, oui.

Mais avant tout cela,

Esprit, Dieu, Père,
papa.

Franck Joseph
©F.J sept 2018

Lien vers les Recueils en version papier :  RECUEILS

14 commentaires

  1. Bonjour Franck,

    Ce qui semble assez étrange, c’est que rien ne contredit rien et sans pour autant éliminer le fil droit conducteur, je ne peux m’empêcher de considérer qu’il est une Sagesse qui nous donne à comprendre, d’abord en nous, puis en l’autre, résorbant ainsi toutes les contradictions, donnant aux questions suscitées en notre être, les réponses. Ce sont bien les réponses qui apaisent. Non pas des réponses toutes faîtes, mais bien celles qui sont en nous et dont on sait qu’elles sont à nous donner à la cohérence existentielle. Je ne cherche pas à me rassurer. Ni ne cherche le bonheur qui me semble être l’évidence permanente. Mais, je pense que nous ne venons pas au monde pour mener une vie égocentrique. Cela n’a jamais pu passer. L’Unité est le fondement même de cette longue démarche : retour à L’Un. De L’Un, ensuite nous pouvons « voir » la multiplicité et la « comprendre » et surtout trouver exactement notre « orbitage ». Le fait de vivre en cette unité, sans rien séparer en la vie alors nous donne le ralenti, celui dont nous avons besoin pour ne pas vivre une vie mécanique et uniquement linéaire. Néanmoins, observer et être en l’unité ne veut pas dire adhérer à tout sans discernement. Bon, je cesse ici. Je vous remercie encore pour votre réponse.

    Sincèrement…

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    1. Bonjour Naïla,

      Votre formulation épouse avec précision ce dont je fais l’expérience ces temps-ci, avec une orbite située à mi-chemin entre la niaiserie extatique (« celui qui adhère à tout sans discernement ») et l’empoigneur crétin du drapeau de couleur planté en face de lui.
      Ce que j’apprends enfin : lorsque l’Un s’exprime non entravé, nous devenons perméables à la profondeur des spiritualités diverses.
      Ce qui en inhibe l’irrigation est l’application forcenée de nos prismes.
      La non perméabilité au spirituel est dans le réceptacle, pas dans le support.
      Merci à vous pour cette occasion de l’exprimer.
      Excellent Dimanche,
      Franck

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  2. Ab-Ba signifie aussi « Ce qui subsiste »… Car les langues sémitiques ont des tiroirs innombrables d’ouvertures. Ce sont des Lettres ADN. Elles sont toujours à révéler des modalités cognitives exponentielles. Nous sommes loin de comprendre tout cela. Elles fonctionnent toujours en ternaire. Les prononcer ont « cet effet de Reliance. » D’où la force des mantras ! Quant à la majuscule, il est clair que ces langues n’en possèdent pas. Nous usons de la majuscule pour éveiller l’attention. En ce qui concerne l’humilité, Il est L’Humble. « Retour » signifie « Retournement ». C’est-à-dire que ce que nous voyons depuis notre ego tombera ou se résorbera et sera donc perçu en Lui, par Lui. Ce basculement relève du « goût » ou de la perception, en tous les cas d’une réelle expérience. Il ne s’agit plus du mental qui appréhende, mais bien de « Autre Chose ». Or, celui qui le vit le sait et les mots sont pauvres devant ce fait. Car, tout heurt est lié à l’ignorance d’un tel fait -phénomène ?, est lié à une incapacité à pouvoir imaginer la chose possible. Mais ce n’est pas important… Ce qui compte c’est de le savoir et de le vivre. Le partager sous quelques formes que ce soit, le transmettre. Or, être rattaché à une Tradition nous prévient des dérives possibles. Ce qui est le plus important c’est de L’accueillir et de Le laisser faire… 🙂 Il sait. Il se sait en nous. J’aime beaucoup cette phrase de Rumi, d’obédience soufi et qui dit : ce que tu cherches te cherche…

    Merci pour tous vos écrits que je lis attentivement. Il n’est pas une seule personne qui soit qui ne soit pas en Son Regard, et Le Cœur est une communauté de L’Esprit. Consanguinité ? Quelque chose d’approchant, sans doute.
    Belle continuation.

    Naïla

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    1. Bonjour Naïla,
      Merci pour ce commentaire riche et éclairé.
      Vos considérations sur les langues sémitiques me rappellent de lointaines études…superficielles mais suffisantes pour laisser voir l’ampleur des résonances symboliques que recèlent ces architectures.
      L’article en question est pourtant inspiré d’éléments beaucoup plus instinctifs, immédiats. En méditation, cette proximité désarmante s’est imposée, puis le parallèle évident…
      Je me heurte une fois encore au constat qui est le votre :  » les mots sont pauvres devant ce fait ».
      Vous mentionnez la tradition comme garde fou…oui, mais que faire quand la tradition devient la dérive ?
      A l’ancre de la tradition, je préfère parfois l’encre du cœur. (« Communauté de l’Esprit » ?)
      je ne connaissais pas cette très belle phrase de Rumi.
      Est-ce alors l’histoire de l’Un qui se tisse entre les deux ?
      Merci à vous pour vos lectures attentives.
      La profondeur du texte est souvent dans l’œil de celui qui le lit.
      Au plaisir de vous lire…

      Franck

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    2. Fidèle à ma tête-en-l’air-ité, j’oublie de souligner la justesse de votre apport.
      « ce qui subsiste »…quand tout s’effondre sous le poids des vanités.

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      1. Bonjour Franck,

        La Tradition est en nous et c’est en nous qu’Elle se vivifie. Je suis d’accord avec vous sur ce point. Après un long parcours, j’ai préféré m’éloigner de tout groupe. Ou plutôt, et je souris, il serait plus juste de dire qu’Il m’a éloigné de tous ? Je « suis » en cette Tradition et je suis heureuse de voir qu’Elle est Vivante au delà des déviances et des dichotomies actuelles. Lors que j’évoque les langues sémitiques, je l’évoque aussi depuis cette intériorité que vous mentionnez. Même si j’ai étudié la chose de par la mise en pratique quotidienne de la langue sacrée, il s’agit aussi d’une perception non pas seulement intuitive, mais « jaillissante » que j’observe. Voilà pourquoi je dis toujours que nous sommes en cela témoin et restituons ce qui s’observe. Voilà pourquoi je dis que La Tradition est toujours vivante et c’est le cœur qui est à s’étonner en ce regard éclos. Oui, les vanités tombent. Elles ne tombent pas toutes seules car de nous à nous, quelle vanité encore ! Un jour arrive et c’est l’explosion, mille morceaux et le rire ! Oui, l’on s’esclaffe de s’être pris au sérieux, d’avoir vu tant de monde se prendre au sérieux. Je ne sais pas mieux l’expliquer que de cette façon. Un jour nous rions de nous voir si ignorant.

        Au plaisir aussi…

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      2. Je ne peux que présager des traditions dont vous vous êtes éloignée, mais ne peut m’empêcher de remarquer derrière certains de vos propos une grande familiarité avec l’esprit du ch’an.
        Les récupérations et goulots d’étranglement qui le contiennent (et le revendent) souvent aujourd’hui ne peuvent s’en réclamer.
        C’est souvent le détour qui permet le retour
        Je pense à Yvan Amar…

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      3. Oh non, je ne me suis pas éloignée, j’y suis toujours, bien au contraire. Je ne témoigne que de cela. Je dois dire plutôt que ce qui est visible n’est pas toujours à se vivre de manière consciente. Nous sommes tous sur le chemin du Retour, d’une manière ou d’une autre. J’ai vécu deux grands états de rupture en moi, mais jamais avec La Tradition, puisque c’est en Elle que Cela a lieu et qu’Elle est La Vie. Néanmoins, je vis une autre vie, à présent. Une vie consacrée à cette intériorité qui n’entre pas en contrariété avec l’extériorité, puisque je sais qu’il n’y a qu’une intériorité en fait.
        Bon. Notre conversation est assez profuse. Je ne connais pas l’esprit du ch’an. Pouvez-vous m’en dire plus ?
        Merci de prendre ce temps de la présence. 🙂

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      4. oui oui, j’avais bien fait la distinction tradition/Tradition…
        Même si, comme vous le soulignez, il n’y a pas de contradiction au final.
        Je rebondis là dessus pour aborder l’esprit du ch’an. Je crois que c’est précisément cela : la spiritualité est partout. Passez le balai, faire la vaisselle, recevoir les cris d’enfants, simplement s’asseoir.
        Ce qui « subsiste », par définition subsiste quelque soit l’interface d’interaction avec le monde.
        Cela sub-est en tout, et au dela.

        Le ch’an est la forme qui a été donné à l’enseignement direct du bouddha lorsque la chine taoïste l’a accueilli.
        Ensuite, lors de son importation au Japon, on l’a appelé Zen.
        Dans l’intervention précédente, je parlais de cet esprit du départ, « du débutant ». En amont de concepts, des constructions culturelles, des refuges à la peur…
        C’est une expression spirituelle non-dualiste.
        (A bien des égards assez proche de l’Advaita Vedanta..)
        Ces temps ci, (cf l’article qui nous réunit aujourd’hui..) je ne peux m’empêcher de souligner l’artificialité des distinctions avec l’approche profonde des spiritualités dualistes.
        Ces propos, pour certains, peuvent sembler outranciers, syncrétistes…Peu m’importent aujourd’hui les vendeurs d’étiquettes, je ne suis plus acheteur.

        merci à vous…

        Aimé par 1 personne

      5. Je viens de lire votre réponse. Présentement, je ne suis pas chez moi pour vous répondre convenablement. Je vais le faire dès que je serai en mesure de le faire.
        Merci aussi à vous pour cet échange.

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