Knock knock knock

C’est effroyable de réaliser que l’on peut passer 2…6…..8 ans,  une vie entière,  au moins, sans donner une seule minute d’attention véritable, happés que nous sommes par ce que nous appelons une priorité.
Ne pas le réaliser est d’ailleurs une forme de protection, en surface… car tel le fumeur fumant pour oublier déstresser du danger de son habitude,  le buveur buvant pour oublier qu’il boit….  celui qui se dit avoir quelque chose à faire,  à préparer ou à penser,  celui là pense pour ne plus penser qu’il pense. Il se convainc que sa vie est là, dans ce moment futur fantasmé qu’il superpose au présent.
Pour ajouter au chaos,  cette priorité n’en est pas une : évanescente, versatile, diffuse, innommable… elle nous vole nos vies.
Si elle est imprécise, c’est qu’elle renvoie à une projection qui n’a pas d’existence,  qui est de l’ordre du sentiment primitif de l’urgence. C’est une course les yeux bandés vers le trou noir qui engloutit tout.
C’est une fuite, une persuasion viscérale que le mieux, le salut, la vraie vie est après. C’est l’alibi du lâche qui se cache la tête sous le tapis quand la vie entre dans la pièce. C’est aussi une souffrance…celle de se sentir impropre à être debout ici et maintenant, partout et tout le temps, à regarder la vie en face. À être la vie nous-mêmes.

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