A demi-mort, j’entends couler

J’en veux.
J’en veux au fracas de ma vie, à l’effroi qui a pris toute la place.
Je lui en veux de m’avoir volé,
Dérobé à moi-même, coupé des profondeurs

Tranché net, dans l’âme, à la machette,
Et retenu prisonnier dans la croûte de surface
Forcé à étouffer, gavé mon gosier d’oppressantes passions.

J’en veux à moi-même de n’avoir pas été capable de me souvenir,
N’avais-je pas tout fait pour pouvoir me souvenir quand il le faudrait ?
Me souvenir pour moi, me souvenir pour l’autre.
Puis un jour l’autre a étranglé le souvenir.

A cet instant précis où les flèches en feu ont été décochées,
Lors de leur trajet vers ma poitrine, alors qu’elle sifflaient de plus en plus fort
Et que le feu de leurs pointes commençait à me brûler le visage,

Au moment où l’acier est venu déchirer mon cœur,
En deux, en quatre, en mille, craqueler mes organes et préparer
L’effondrement.
Ces dizaines, ces centaines de moments, depuis, où je n’y voyais plus
Tant l’acide des larmes décapait mes pupilles.

Je m’en veux de n’avoir pas été capable d’y regarder au travers
Et de m’être ainsi laissé piéger par la fracassante force
De ma faiblesse

Hurlante, captive, tapie,
Enfouie par quarante couches d’années,
Elle attendait ce moment pour m’exploser le corps
Fouetter le cœur : plus vite, plus fort, cours,
En rond, pour rien, toute la piste de la nuit
Rattrape donc l’incompréhensible tonnerre
Épuise-toi, aplatis-toi, laisse-toi pour mort.


Maintenu au sol par la fatigue extrême de l’exil
La face dans l’herbe souillée par les intempéries obstinées
Embourbés, mes mouvements, dans l’épaisseur lourde de la nuit,

J’écoute,
J’entends encore au loin,
Je touche encore au fond,
Du bout des bras, des mains, de la pointe de mon doigt,
La Source


©FJ June 2024
Recueils / Participation/ Groupe

Photo Credits : Nick Ludlam

7 commentaires

  1. je partage aujourd’hui cette page avec les »dissipés », ce texte très fort, qui m’amène à faire comme

    A. Jollien « l’éloge de la faiblesse »

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Simone
      Merci pour ta lecture et ton commentaire…
      La Source est là et, lorsque les difficultés frappent brutalement, nous l’oublions.
      Très bonne soirée…
      f

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