Totalitarisme Paradisiaque

Celui qui nomme, par cette action même d’ émettre un son-mot,  est contraint de catégoriser, de mettre de frontières artificielles à la réalité. Sans ces carcans de lettres et de sons, celle-ci ne serait qu’un continuum.

Il en va de même pour les chiffres. Ils n’apparaissent nulle part en tant que tel. Ce ne sont que de pures abstractions que l’on plaque sur le réel afin de mieux jongler avec les éléments du quotidien, eux-mêmes délimités par le mécanisme énoncé ci-dessus.

Par exemple, est-il mieux de dire : « Nous planterons des arbres » ou « chaque jour, nous en planterons 20 »

Ainsi le mot « Jour » n’est qu’un mot que l’on plaque sur une réalité temporelle qui coule sûrement de manière plus fluide sans ce recours grillagé au langage. L’approche non-cloisonnante est impossible par le biais du langage tant le cœur même de sa fonction est de tout cloisonner. Nous nous trouvons dans le premier énoncé, censé limiter cet écueil, prisonnier des concepts de « nous », « planter », « arbre ».

A cette difficulté due à l’illusion entre ce que nous concevons et la réalité objective s’ajoute l’inexorable décalage entre ce que je conçois et ce que mon voisin conçoit.

Cette double subjectivité est pourtant le sel de l’expérience de vie, et sa source d’angoisse aussi. A quoi ressemblerait un monde où rien n’est discutable, rien n’est même discuté. Un totalitarisme? Un enfer? Un paradis?

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