FF: Fainéante Fiction

Tout commença comme un sentiment, étrange et pénétrant, qui un matin d’octobre s’évanouissait en moi, alors que j’ouvrais les yeux. Comme je l’aurais fait pour un cerf-volant, j’en saisis la cordelette dans un mouvement réflexe, ce qui ici prend la forme de l’écriture de ce petit texte. Malheureusement, cette ficelle s’effilocha bien vite et vrilla jusqu’à libérer à jamais ce rêve volant, parti rejoindre un autre monde.

Voici ce qui s’écrit alors au sol, lorsque je jetai le reste de cordelette au pied de mon lit :

Et si le monde dans lequel nous vivons n’était qu’une émanation d’une autre réalité ? Comment devrions-nous approcher une telle découverte platonicienne ?

D’abord, cela serait infiniment rassurant de savoir qu’il existe une autre réalité, plus dense, de laquelle nous ne serions qu’une onde annexe, vague résidu, insignifiante écume.

A mes yeux, cela implique de suite un vertige de dédramatisation : ce n’est plus la peine de se compliquer la vie à formuler—ou à se mouler dans—des systèmes idéologiques censés donner du sens à une état qui au pire n’en a pas, et au mieux, n’en mérite pas…

Également, un sentiment d’effroi peut voir le jour face à une telle prise de conscience. Une impression lancinante d’impossibilité à impacter le réel…quelque soit la dose d’effort que je mets dans la balance. Tel un sculpteur de marbre avec pour seul outil ses mains et un cure dents.

Nous serions l’inutile boursouflure sur l’un des crânes d’un monstre à huit têtes… l’ultime rot d’un géant bien repu alors que jusqu’ici nous pensions déterminer nous-même notre régime alimentaire. Triste prise de conscience.

La transcendance rassurante évoquée plus haut est surtout une expression particulièrement optimiste…. En effet, qu’en serait-il si le monde du dessous, celui qui nous exprime était malveillant ? Il en découlerait un retournement total de perspective. Par voie de conséquence, il devient plus aisé de justifier du chaos régnant parmi nous : il est normal que rien n’aille comme nous le souhaitons puisque notre matrice éloignée est au mieux chaotique, au pire malveillante.

Ainsi, cette vision (fantaisiste et dilettante, je sais) me fait osciller entre déterminisme fataliste et déresponsabilisation infantile.

C’est en observant la stupide arborescence des événements environnants que nous déduirions l’absence de cohérence dans le monde sous-jacent. Envisageons maintenant la possibilité que ce non-sens observé ne soit qu’une illusion due à un manque de perspective. La cohérence du monde sous-jacent serait peut-être réelle mais ne trouverait aucune expression dans notre monde de chaos, tant nous serions insignifiants et ridicules. C’est notre arrogance qui nous fait crier : « Au sens !! »

Notre univers quotidien perçu serait le dernier rayon d’une onde provoquée par un impact lointain et réel. Même les premiers concernés, ceux qui se meuvent sur les premières ondulations de la roche primaire, ne distinguent que difficilement les contours de notre monde. Nous serions alors la dernière forme de vie, la plus triste, la moins digne d’intérêt. Le dernier stade de vie du produit, le déchet énergétique, l’étape pré-recyclage.

Et qui reste-t-il pour penser à la canette de soda, lorsqu’à demi broyée, elle stagne au fond d’une cuve ?

NiDr

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