ART DIGESTIF — Ces Gens-là

La religion c’est comme la nourriture, il faut qu’elle soit digérée pour être nourrissante.

Et les écueils à éviter en matière de religion ou de vie spirituelle sont identiques à ceux qui transforment un processus d’alimentation sain en une pathologie ou un particularisme qui attire l’attention par son coté pittoresque.

Le corps de nos assemblées est composé de masticateurs : ils tournent et retournent en bouche les contenus mais ne les avalent jamais. De là, il existe autant de façons de mâcher que d’angles de mâchoires, de configurations dentaires et de tailles de langues… Certains mâchent bruyamment, afin que quiconque habitant la même rue soit informé de l’heure du repas, d’autres, bien éduqués, savent que nous ne mangeons pas la bouche ouverte et redoublent de précautions inutiles, mais ostensiblement maniérées, pour que leur savoir-être, leur « discrétion », soit bien affichée. Ces deux types de masticateurs se détestent et se méprisent tant ils sont similaires sur le fond.

La peau de ce corps d’assemblée, son abord extérieur, rassemble les gourmets : ceux qui aiment cuisiner, qui connaissent toutes les saveurs, les couleurs et les odeurs, mais qui savent que, du fait de ce penchant sensuel, ils risquent de sacrifier leur silhouette.

Passons ici sur les comportements pathologiques de type boulimie ou anorexie religieuse:  les canines – sorties ou rétractées … Respectivement les compulsifs de la spiritualité et les athées extrémistes qui sont aussi proches de leurs frères boulimiques qu’ils pensent en être éloignés.

Aux lèvres charnues de cet être étonnant se tiennent les goulus. Aussi sensuels que la catégorie précédente, ils sont néanmoins bien moins regardants pour ce qui est de leur apparence et ils se jettent à corps perdus dans tout ce qu’ils trouvent, sentent, goûtent…Seul un aiguisement de leur discernement peut les aider.

Aux lèvres pincées de ce corps, il y a ceux qui portent la nourriture à la bouche et non l’inverse, ceux qui tiennent toujours la fourchette de la main gauche, même s’ils sont droitiers, qui savent que, pour les couverts, on va toujours de l’extérieur vers l’intérieur. C’est d’ailleurs ce qu’ils font en matière spirituelle.

Toutes ses parties sont plus ou moins connectées entre elles et interagissent à des niveaux plus ou moins profonds et réguliers. L’agencement de ces critères et leur familiarité donnent lieu à des êtres qui se distribuent sans vraiment de limites le long d’un continuum Magnificum-Horribilis…

« Et puis, et puis….y’a Frida, qui est belle comme un soleil » Elle a digéré, elle a filtré, elle a discerné…Elle est aussi tombée le long de son apprentissage digestif dans tel ou tel écueil, du trop ou du trop peu, du sectarisme primaire au syncrétisme débile.

Et comme on trace un sillon pour irriguer un champ, elle a su montrer le chemin à l’eau disponible pour s’assurer la meilleure hydratation. Elle a passé du temps et donné beaucoup d’amour et d’efforts à creuser ce sillon, à le faire serpenter le long des pentes naturelles ou à contourner les souches et les larges fossés. Aussi, elle prête attention à bien entretenir son sillon.
Aujourd’hui, Frida enseigne l’art digestif. Celui qui digère tout peut tout manger. Il n’y a plus rien de comestible ou de non-comestible…Juste des éléments plus ou moins digestes, qui coulent de manière plus ou moins fluide le long du sillon, qui stagnent longtemps dans les bassins de décantation ou filent directement nourrir les cellules, qui se filtrent avec plus ou moins d’aisance dans la flore dense, ou qui sont voués, à plus ou moins long terme au bassin d’épuration. Elle sait qu’on ne fait pas meilleur fertilisant.

NiDr

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