Dissoudre les Verrous du Coeur

Lorsque les paroles de l’autre m’assaillent ou que ses actes me heurtent, les réactions de protection se mettent en place tellement rapidement que nous en devenons les jouets avant même d’avoir pu observer en nous les verrous qui se ferment un à un.

En moins d’une seconde, la communication est devenue impossible et l’air irrespirable.
Toute notre énergie intérieure est investie dans la surveillance de cette porte déjà fermée.
Et notre jauge se vide, nous laissant épuisés avant même d’avoir pu comprendre ce qui se passe en nous.
La lumière de la conscience, insufflée et entretenue par la respiration, permet d’élargir les murs qui se resserrent et de créer l’espace d’observation de ces phénomènes de protection fulgurants et répétitifs.
L’énergie gâchée par le gardien obsessionnel et suspicieux de tout; guettant le moindre soubresaut dans les buissons, prêt à brandir sa lance en hurlant des mots qui le dépassent — c’est ce que font les gardiens seuls pour prétendre être une armée devant l’assaillant.

Il a besoin de justifier sa fonction et de relâcher la pression accumulée par ses heures de garde fébriles. Il n’existe que parce qu’il guette. Il doit guetter pour entretenir son sentiment d’existence. Devenu familier de lui-même, il finit par craindre de n’avoir plus rien à surveiller.
Le voilà pris au piège du gardien qui espère voir une intrusion se produire, qui irait même jusqu’à sur-interpréter le vent caressant les feuilles la nuit pour pouvoir jouer de sa lance et se tenir en « bon gardien ».

-« Rien à protéger », se dit l’observateur, qui désagrège les verrous sous son regard, alors qu’ils se ferment l’un après l’autre. Le simple pouvoir de sa vision consciente, de sa respiration patiente y suffit.
Il sait qu’une fois les barreaux du cœur et les vannes des oreilles en place, une fois les murailles des yeux scellées, il lui faudra remonter la garde, sans même s’en rendre compte.
Alors il respire.

Respirons, conscients que nous sommes les jouets d’un réflexe ancestral et destructeur, que notre assaillant n’existe comme tel que dans notre esprit. Lui aussi, de son coté est en proie à des mécanismes similaires.
Respirons pour lui aussi.

Car si je brandis ma lance, il brandira la sienne, et j’ajouterai un verrou à ma porte.

Ces verrous s’ajoutent ou se désagrègent,
Selon que j’y applique ma vision consciente ou que je regarde ailleurs;
Selon que je respire calmement, ou que j’halète fébrilement.

Mais, si je ne suis pas vraiment attaqué, qui m’attaque,
et qui se défend?

Respirons un peu plus loin,

L’autre est aussi un guetteur fatigué prêt à faire feu de tout bois, en proie aux mêmes enjeux de conservation viciés, aux mêmes phénomènes d’épuisement.
Et si je m’observe c’est lui aussi que j’observe.

A partir de l’espace à défendre, je peux créer un espace à comprendre,
un espace de confiance.

Il faut beaucoup de foi, un grand instinct de survie, une forte dose de bon sens, et des heures lasses enfilées, passées à se défendre pour rien, contre rien, il faut enfin s’aimer pour s’ouvrir à autrui, pour dissoudre un à un les verrous, patiemment; ou pour tout faire sauter d’un coup.

Respirons encore plus loin,

Celui qui se défend et celui qui m’attaque sont sûrement la même personne– celle qui perçoit des menaces dans les propos de l’autre et les transforme en attaques, de manière à pouvoir se défendre.

Ces propos, ces actes ne sont que des tentatives fatiguées de se faire exister, en se regardant à bout de bras dans un miroir déformant.

C’est la force d’habitude qui nous verrouille
Je suis plus profond qu’une force d’habitude,
je suis grand, calme,
Je suis d’ici et de toujours,
Je suis l’autre, pris au piège dans mes propres filets,
Je suis souriant, confiant,
Dans l’au delà,
Dans l’au-delà de moi.

NiDr

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