Qui ne dit mot, qu’on sent…

Un énoncé peut-être appréhendé sans être compris. La cognition, c’est dépassé, non?
Surfaite la pensée… Où mènent donc tous ces concepts ?

Tourneraient-ils en rond? Combien d’années, de décennies, de vies pour l’entrevoir ? Il faut s’y être perdu, s’être laissé séduire, avoir mordu aux leurres et aux promesses de pénétration. Avoir été frustré, s’être heurté aux murs, avoir tourné fou et sondé l’infinie tristesse.

Et revenir. Chercher encore.

C’est une expérience à faire, un constat à apprécier. Et, pour cette réalisation, les mots sont le vecteur parfait. Ils sont le tissu même de nos pensées.

Comme la respiration du corps est mêlée aux mouvements de l’esprit, et peut ainsi en être la porte, la pensée est tissée de mots, ils sont donc un levier digne d’intérêt.

Sans toujours le requérir, je suis le destinataire des mots que j’entends. J’existe donc dans la projection de ce rôle tel que mon interlocuteur me le confie.

Si je prends note, non pas du sens, ni même des mots, ni encore des sons véhiculés à mon attention, en réduisant la langue à sa plus pure essence, je passe alors dans le domaine de du pré-verbal, de l’infra-cérébral. Vraiment ?

Cette position est confortable en ce qu’elle me donne la liberté de ne pas réagir. Comme un arbre. Il reçoit des cris déchirants, les hurlements des enfants, et contre son écorce viennent écumer les pleurs des femmes.

Il ne réagit pas. Adopter la posture de l’arbre serait soumission pour les uns, défaillance de l’estime de soi pour les autres, ou inaptitude à l’assertivité pour d’autres encore (certainement les pires).

Qui ne dit mot consent, vocifèrent-t-ils en chœur d’experts.

-« qui ne dit mot, qu’on sent », répondrait l’arbre ou le sage, si ils disaient mot.

Car ne pas réagir c’est offrir à l’autre l’écho de ses propres projections et lui permettre la prise de conscience de celui en lui qui parle, aux cris, aux pleurs, au craintes

De même, les comportements sont la grammaire de l’action, les attitudes en sont les mots, et les gestes, comme les sons, peuvent être le degré à partir duquel les comportements de l’autre sont perçus.

De destinataire emprisonné, nous devenons réceptacles libres. Désarmons comportements, phrases, pensées.

Ceci n’est pas un hymne à la stupidité. C’est une ouverture à la méta-intelligence.

Pas un culte rendu à une proto-communication, brute et non raffinée, mais le prolongement de l’expérimentation large d’autrui.

C’est une communication apaisée, ouverte, disons-le: végétale. C’est un processus d’épuration qui s’auto-alimente.

Car choisir de ne pas réagir soi-même c’est éviter de donner à l’autre la nécessité de le faire–et l’ouvrir à la possibilité de ne pas le faire: l’introduire dans le monde infini du non-faire.

Sans nos mots, sans nos actes, sans nos plans, nos projections.

Ça pique un peu mais ça fait du bien.

Franck

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