Dogen, le grand maître zen japonais, ne parle pas de corps, ni d’esprit.
Il envisage l’ensemble dans une globalité, qu’il appelle corps-esprit, ou, dans sa langue natale, shinjin funi.: corps-esprit non-deux.
Esprit plat
Dans cette assemblage de termes, on peut entendre ‘esprit’ comme renvoyant au mental, à l’activité cognitive: la conscience plate.
Alors l’association corps-esprit est intéressante mais le spectre de résonances qu’elle offre est assez réduit.
Énoncer que l’esprit est la conscience et que la conscience est un phénomène cérébral est similaire mettre des boules quiès pour dormir et dire que plus aucune voiture ne circule la nuit. Précisément, la fréquence des moteurs est filtrée par la mousse…
La conscience plate, fonctionnelle semble appartenir au cerveau. C’est ce qui a fait le cœur du discours scientifique pendant de trop longues décennies.
L’esprit du corps-esprit qu’il nous incombe d’abandonner, c’est celui-ci: le mental, l’ego, les entrelacs d’identifications.
Shinjin datsuraku: Laissez glisser le corps-esprit: le cadeau (2), cet esprit par lequel nous fonctionnons ne mène nulle part. Il constitue la frontière de son propre territoire.
Cette conscience plate est un écho, une réminiscence flottante d’une forme bien plus large de la conscience.
C’est la deuxième façon dont on peut appréhender le mot »esprit’.
Esprit large
Le corps-esprit est le corps-conscience. L’assemblage, la coopération, la co-création de ce qui est corps et ce qui semble ne pas l’être, mais aussi l’unité de ce qui est esprit, conscience, et de ce qui semble ne pas l’être.
Cette conscience large est difficilement cadrable par les outils langagiers. C’est à expérimenter. Appelons-là ‘conscience’, tout simplement.
Et ce signe d’égalité entre le corps et l’esprit que signifie-t-il?
il peut renvoyer à une similarité sans hiérarchie dans le degré d’importance… (conscience fonctionnelle)
Le tiret placé entre corps et esprit peut aussi être signe d’inséparabilité. Si on enlève le tiret dans un modèle moléculaire, alors la molécule n’est plus.
Et ce n’est pas parce qu’il y a inséparabilité qu’il y a pour autant égalité hiérarchique…
Se pourrait-il que la conscience crée la maison dans laquelle elle habite?
En y habitant, elle se laisse imprimer à son tour, comme une maison déteint inévitablement sur son hôte et lui imprime son identité.
Alors, le corps, donc le cerveau, est une émanation, une résonance de la conscience.
Par une feedback loop, le corps module à son tour la conscience.
Cette fausse dualité abrite pourtant sous son aile deux éléments coexistants de part et d’autre de la clôture du territoire matériel.
D’un coté la matière, le corps.
De l’autre l’esprit, la conscience.
Un corps-esprit non figé, un méta corps-esprit.
La définition la moins étroite, la plus large qui soit.
Cette partie de conscience qui n’est pas soumise aux contraintes matérielles est potentiellement fulgurante, instantanée, pluripotente.
Si la conscience crée le corps, crée-t-elle également le cadre dans lequel ce corps évolue?
Auquel cas, elle détermine aussi les expériences de ce corps, ainsi le temps et l’espace dans lequel elles se produisent.
Le corps, de son coté, ancre la conscience, au moins pour le temps et l’espace d’une vie.
C’est une manière de définir l’incarnation. Il offre un champ d’expérience limitée.
Cette limitation est aussi un cadeau. Un terrain de jeu infini est une perspective qui se prépare, qui se rôde et s’apprivoise dans une cour délimitée.
Pour autant, c’est bien cette cour de récréation sans sonnerie de début de pause ou de reprise des cours qui est déjà la nature de la conscience. Sans sonnerie, la récréation n’en est plus une.
Se peut-il que la conscience incarnée ait accès à cet aspect non-limité au cœur même des limites?
Quelles limites resterait-il alors?
Application thérapeutique:
-Traiter le corps-esprit par le corps (allopathie) revient à semer des graines en les jetant dans la tempête. Il est possible que certaines germent et soignent l’ensemble. Mais on oublie l’esprit.
-Traiter l’esprit par l’esprit (psychothérapie), est une démarche tout aussi incertaine.
Comment alors approcher le corps-esprit par le corps-esprit?
La conscience pure peut-elle traiter la conscience pure?
Franck

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