Dans les Yeux de Jésus

« Notre Père qui es aux cieux
Que ton nom soit sanctifié, 

Que ton règne vienne, 
Que ta volonté soit faîte, 
Sur la terre comme au ciel. »

Que ton nom soit sanctifié

N’ayant de prise sur absolument rien, nous ne pouvons que souhaiter. Émettre le souhait et prendre des dispositions consistant surtout à bien se disposer, à savoir pivoter pour être bien disposé. Nous faisons un vœu.
Notre anniversaire est permanent, c’est notre fête à chaque instant. Nous pouvons dès lors fermer les yeux, et avant de souffler de tout notre cœur sur la vie qui passe, sur le temps qui passe à mesure qu’il s’efface, faire un vœu.

Pas un souhait infantile de reine de beauté polie dans la parole et socialement polie,
Pas un énoncé lisse et sans aspérité, pas d’expression verbale des parois de métal,
Pas un ordre capricieux ou une injonction fébrile,
Mais depuis le creux des vagues, depuis le rugueux de la vie qui tangue, faire un vœu.

Cet énoncé confirme notre pouvoir de sanctification. Il se fait l’écho libérateur de l’ignorance qui consiste à attendre le sacré de l’extérieur.
Ce n’est pas un Dieu lointain qui sanctifie et ce n’est pas Dieu que nous sanctifions.
Comment pourrions nous sanctifier la sainteté?
Et repeindre de blanc poisseux un mur déjà parfaitement blanc?

Chercher à rendre sacré, c’est entretenir par là même le non-sacré.
C’est chercher le refuge dans la grotte quand l’orage s’est mis à gronder.
S’asseoir derrière les flammes et sous le toit de pierres n’arrête pas l’orage.
Comment emmener sa grotte partout où l’on va?
Ce que nous faisons c’est sanctifier le nom, c’est à dire l’outil qui est à notre disposition et par lequel nous pouvons appréhender le divin.

Que ton règne vienne

En sanctifiant le nom, j’agis sur celui qui le prononce, celui qui l’entend et sur celui qui ne l’entend pas. Le verbe en moi agit.
Sanctifier le nom, c’est accomplir un rituel par le verbe. Agencer le réel par la parole.
Une fois prononcée, elle est potentiellement pensée et action et part aux quatre vents au travers des murs de notre corps.
Comme le rituel derrière les parois tamisées du temple se destine au monde entier.

Que ta volonté soit faîte

Par cette délicate disposition, nous actionnons les rouages incompréhensibles, nous nous mettons dans le sens du courant et cessons nos constructions bravaches de castors excités.
Nous laissons nos cheveux, rêches et fols, se faire enduire d’huile nourrissante et traverser par le peigne harmonieux. Ainsi, notre tignasse indisciplinée et chaotique s’apaise.
Par notre volonté, nos exprimons le souhait de ne pas avoir de volonté et de se laisser sculpter. A chaque instant, nous faisons le constat que la source profonde n’est pas tarissable et ne peut être souillée. C’est l’appréciation de nos eaux personnelles, stagnantes ou agitées, troubles et stériles qui nous permet ce constat.
Par cette parole, nous l’actualisons toujours.
Nous choisissons enfin de déposer les armes, conscients que c’est la seule façon de mettre un terme à notre guerre intérieure. Ce n’est pas une abdication soumise et tremblante devant le bras terrible de l’assaillant, mais la compréhension que c’est précisément la modalité de l’affrontement qui cause nos tourments. Intimement, nous percevons que tant que cette modalité belliqueuse s’exprime, la guerre ne peut avoir de fin.

Dans ces cinq lignes s’exprime le pouvoir performatif. Est-ce vraiment notre pouvoir?

Sur la terre comme au ciel

Voyons deux secondes l’Hannya Shingyo, l’extrait de Sutra chanté dans les monastères Zen et ailleurs: Les termes y sont parfois utilisés pour leur pouvoir de condensation. Ce texte lui-même est une condensation, un concentré d’un Sutra beaucoup plus long.
Et dans ce concentré, il y a concentration. Ainsi la référence aux yeux, par exemple, contient la référence aux autres sens non cités.

Il s’agit d’un code. C’est une notice, un exemple de fonctionnement, une main tendue. Cette ligne parle de la terre et du ciel, bien sûr, mais ce n’est pas tout. C’est une paire de lunettes que l’on est invité à porter si l’on souhaite voir le film dans toutes ses dimensions. Ce sont des verres pour nos pensées, un prisme kaléidoscopique qui ouvre aux couleurs du monde.

La source divine s’exprime sur la terre comme au ciel…au dedans comme au dehors, avant comme après, ici comme ailleurs, maintenant et toujours, pour moi et pour le monde, pour mes amis et mes ennemis, ce que je connais et tout ce que j’ignore, ce monde-ci et les autres mondes, les choses en nous dont nous sommes fiers et les briques fendues que l’on exhibe pas, les mots que toutes les générations ânonnent automatiquement et le sens réel de ces mots, la forme et le fond.

C’est une parole d’unification des opposés, de réconciliation des inconciliables, d’embrassement, d’embrasement, d’effacement des contradictions.
Cette ligne transcende nos errements et nos voies d’ignorance et fait entendre la corde d’éternité et d’ubiquité qui vibre depuis toujours, qui vibre toujours pour la première fois et pour les siècles des siècles.

Notre père qui es aux cieux

Aux cieux: au cœur, à la source, la mère, la matrice.

Dans les yeux de Jésus,
Il y a son père.
Notre père.
Celui qui fonde, la racine de notre être
Toujours pure, elle alimente.
Dans les yeux de Jésus,
Il y a celui qui sait déjà tout,
Celui en nous qui sait d’ou il vient, où il va,
Notre père,
Celui qui est en moi et donne vie,
Celui qui est en toi et donne vie.
Notre même père,
Notre mère père,
Celui qui vient avant toi, avant moi.
Avant même que nous ne pensions à parler,

Dans les yeux de Jésus,
Il y a la parole de Dieu.

Franck

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s