Respirer pour les Autres

 Pousser les murs et agrandir l’espace en soi.
Sentir le souffle élargir l’esprit.
Souffle-Esprit, pas deux, un mot:
Pneuma.

Si j’habite dans un placard et que je l’observe à la longue vue depuis le trou de la serrure, mon voisin m’indispose d’autant plus.

Ainsi peut-on accueillir les inconséquences de notre environnement quand elles se manifestent. Par l’entretien de cette ouverture, nous pouvons évoluer dans un univers où les manifestations agressives en tous genres ne nous acculent plus.
Nous ne sommes plus dos au mur, contraints à la réaction par l’étroitesse de notre champ de vision.
Hurlements, prises à partie, manifestations mesquines, humiliations quotidiennes coulent sur nous avec une fluidité croissante, proportionnelle à l’importance accordée à l’ouverture de cet espace.

Avec la perspective, avec le cliquetis de l’eau qui ruisselle à nouveau, le monde cogne toujours mais ses coups se font plus lointains jusqu’à devenir un petit roulement de tambour sur un rondin de bois, un peu triste, presque attendrissant, perçu depuis la rue.

Mais ce monde qui s’obstine à contrecarrer nos projections et les piétine avec allégresse est un monde en souffrance.
Là où nous ne voyions que volonté et acharnement cruel, commencent à apparaître maladresse, inconfort et incapacité à voir.
Les vêtements d’agression que les autres revêtent sont l’expression certaine de l’enfermement qui condamne ses acteurs.

Alors, cet espace que nous cultivons en nous, peut-il être cultivé pour un autre que nous-mêmes? Peut-on offrir à l’autre l’espace qui lui manque?
Peut-on faire respirer en nous l’espace qui l’étouffe?

Cette sculpture de nos sphères intérieures embellit le monde.
La culture de nos serres intérieures nourrit la planète.

Ainsi l’espace que nous ouvrons en nous agit sur les autres, puisqu’il désamorce les tendances inflationnistes propres aux modalités agressives.
Je respire en moi, mais c’est l’air alentour que je filtre, celui qui inspire les autres.

La barrière entre moi et autrui est-elle si réelle? N’est-elle pas une convention, une habitude conceptuelle?
Concrètement, si je me protège en créant les conditions me permettant d’éviter une escalade conflictuelle, j’offre en même temps à l’autre cette alternative de paix.
L’espace que je crée en moi est un espace que je lui offre.
Il n’y a pas de cadeau plus silencieux. Ni de présent plus nécessaire.
Le cadeau du présent.

Le rapport de cause à effet relève ici du bon sens psychologique primaire.
Mais ce n’est pas tout.
Devenons pragmatiques, soyons immatériels:
expérimentons cet espace et voyons comment il brouille les frontières entre moi et les autres. La peau est toujours limite, mais la peau n’est pas tout. Les agencements qui se font en moi permettent, par al-chimie, par chimie alternative, par échanges subtils, à l’autre de connaitre cet espace.

Par ma pratique, il peut alors respirer plus largement et considérer le monde autrement.
Par ma pratique, je favorise la mise en mouvement de mon monde et du sien.
Par ma pratique, je mets le monde en mouvement.

L’interrelation est l’alphabet de tout. On ne peut lire le monde sans voir les balancements, les communications, compensations et complémentarités, vases communicants ou paniers percés.
L’interrelation est physiologique, cellulaire. L’être humain est la cellule d’un organisme à peau évanescente. Chaque fois que l’on croit voir la limite extérieure des sphères d’interaction, une prise de hauteur subite semble nous confirmer qu’une fois encore nous avions le nez sur le carreau, et manquions de recul. Cela s’arrête-t-il?

Pouvons-nous ressentir la joie, et les pleurs de l’autre, comme les nôtres, et pourtant ne pas être durablement chamboulés, effondrés?
Les phéromones volent bien dans l’air et l’état de l’un devient l’état de l’autre.
En amont de la chimie volatile, quelles sont les turbines?

Pensées, mots. Changement de paradigmes.
Laisser les pensées tourner. Ecouter en dessous des mots. 
Les murs alors s’écartent, l’espace en soi grandit. 
Il devient si large que l’autre aussi s’y exprime, puis s’apaise et se tait…
C’est vrai, que reste-t-il à protéger?

Cet accueil ne semble pas connaître de limites. La tessiture de la voix qui sous-tend le chœur est infinie. Le timbre est si large que l’idée même de spectre sonore n’a plus de sens.
C’est Kannon, Guan-Yin, Avalokiteshvara,
C’est Bouddha, c’est Jésus aux mille bras.

Franck Joseph

P.S. : Ceux qui crient déjà au syncrétisme forcené, au new-age en bouillie, sont priés d’ouvrir la fenêtre. Leur chapelle sent le renfermé et leur tablée l’entre-soi.
Ils sont tombés dans le gouffre de la religion technique et se crispent sur leur machine à concepts. Une fois de plus, se sont étouffés tout seuls.


©FJ oct 2017

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