Dans le Jardin du Couple 

Sous les bombes à déflagrations
Absorbées par mon corps et lâchées en rafales,
De nuit comme de jour et sans sirène audible,
Mon cœur est là
En saignant, il t’attend.

 Et quand les radiations retombent et s’éternisent,
 Quand les pluies virulentes, contentions de poitrine,
Imprègnent mes tissus, épaississent ma peau,
Mon cœur est las.

L’incompréhension, par nature, s’étend.
C’est son incontestable dessein que de gangrener ce qui reste de sain dans une relation.
Une fois ses graines semées, elles poussent, car c’est là leur facilité, et envahissent les jointures cimentées qui donnaient aux murs relationnels du foyer un aspect solide et fiable.
‘Solide et fiable’, pourtant, est toujours une illusion.

Il apparaît aussi que chaque tentative, chaque investissement d’énergie dans une entreprise de déracinement de l’incompréhension, renforce la vigueur et l’acharnement à envahir.

Comment cette plante vorace, stupide et obstinée a-t-elle bien pu rentrer dans ce jardin tranquille? Qui a laissé la porte ouverte en partant ? Qui a éteint les lumières trop tôt? Et le Veilleur de nuit, était-il endormi?

Cette force de destruction s’emballe car elle construit chaque jour sur chacun des centimètres carrés qu’elle a conquis la veille. Quand un nouveau seuil se franchit, qu’un mot jusqu’alors réservé au dehors passe la frontière des lèvres et se densifie comme un inconnu passe le muret et prend une chaise de jardin, l’air de rien… dès le lendemain en trouvant cet intrus, on s’y habituera. Et le mot acéré prend sa place parmi le langage utilisé.

La relation est cependant toujours mouvante. C’est une paresse de croire en une dynamique huilée, répétitive, confortable. Dans ce jeu de chatons, les protagonistes jouent à la bagarre et sculptent le mouvement.

Mais un coup ludique de griffe mal taillée, crève un œil pour de vrai.

Dans les conflits qui nous secouent, quelle est alors la dose de participation ludique, de réaction automatique et de souffrance muette?

Comment endigue-t-on la machine à broyer les couples sans l’alimenter par ignorance?
On ne l’endigue pas.

La souffrance silencieuse n’est pas une solution durable. Elle ronge, lasse et vient à bout des meilleures intentions.
Qu’inventer de nouveaux qui ne nourrisse pas le lierre aux crocs d’acier ?

Travailler sur soi… travailler sur l’autre?
Travailler sur l’autre, en soi.

L’autre a accès à ma souffrance. Ses mots ont prise sur moi car ils viennent déchirer la représentation que je me fais d’elle ou de lui, que je me fais de moi…

Ses mots sont des échos bruyants et brouillons de souffrances qui lui sont personnelles. Par ma présence, ils expriment leurs rouages profonds et circulaires.

C’est sur ma représentation de l’autre, en moi que je dois travailler. L’effondrement des agencements élaborés jusqu’alors est un deuil à faire.

Laisser s’effriter l’homme merveilleux, la femme douce…

Ce sont les cascades d’enfermements empilés qui ont permis ce drame relationnel. Éducation, représentation, identifications…

Si je ne suis pas responsable des cris des hurlements de l’autre, j’ai à portée de regard mes effondrements personnels qui en résultent.

Élargir le cadre et faire place pour que la chambre d’échos de l’expression des souffrances de l’autre soit assez large.
Ouvrir les fenêtres si grand, que le son des mots poignards passe et s’enfuit, sans trouver de murs pour alimenter une reverbération…

Faire confiance au toujours neuf. Savoir que la relation n’est pas obligée d’évoluer dans les sentiers étroits que nous pensions tracés, qu’en dehors des tranchées s’étalent des champs foisonnant d’expériences de vie.

En choisissant la tristesse, bien entendu je m’enferme et j’enferme l’autre dans ces jeux sanglants et étroits.

C’est la puissance du pardon de guérir deux personnes à la fois.

Alors, lassé, le lierre se délie et renonce à envahir un jardin si spacieux.
L’hiver déjà assèche ses racines et le printemps inespéré fait jour sur des lieux délaissés.

Deux amants, deux amis, deux âmes infinies
Qui sont-ils devenus et où sont-ils partis?

Franck

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