Prendre sa Place

C’est vrai qu’il marmonne de temps en temps, mais l’on n’y comprend trop rien.
Pas le temps d’écouter.
C’est incompréhensible, de toute façon.

Sauf que: ce n’est pas parce que nous ne comprenons pas que c’est incompréhensible.
Ne rien entendre n’est pas garantie de silence.
Ne rien entendre, est souvent écouter à coté.

Offrons notre attention à l’enfant qui n’ose pas faire état de sa blessure. Par respect pour la pérennité de notre fonctionnement actuel, il souffrait dans son coin.
Pour ne pas que nous nous effondrions, il taisait sa souffrance.

Est-ce le haut du dos qui se replie comme un secret inavouable, une souffrance enfouie du temps où les mots n’existaient pas?
Ou les épaules qui se tendent comme on pousse une armoire pour barricader une porte, sentant la menace des voleurs d’enfance approcher?
Les mâchoires qui se contractent tant qu’on en vient à oublier l’effort épuisant que cela leur demande?
Oui, les mâchoires peuvent se relâcher, se décontracter et nous faire prendre conscience de la douceur de notre visage, quand les énergies y coulent sans entraves.

Il faut que ça tourne dis-je à mon corps…
En ami dévoué, il fait ce que je lui dis.
Puis, conditionné, habitué, c’est lui qui me le dit: Il faut que ça tourne.

Les tensions se construisent pour nous soutenir, puis, elles continuent par grand amour, comme une  mère malade se lève en dépit de la fièvre et des courbatures pour habiller et nourrir les enfants….
L’épaule est harassée, elle se contracte quand même.
Le dos est fracassé, il supporte quand même.

Doucement se redresser. Sentir les énergies qui se libèrent. D’où viennent-elles? Où vont-elles? Et à qui appartiennent-elles? Elles étaient prisonnières et se sont libérées, elles sont ici mais parlent d’un autre temps. Nous pouvons les écouter…sans apitoiement, sans les retenir, en les laissant glisser vers la suite de leur route.

Elles sont arrivées en nous, s’y sont retrouvées coincées un certain temps, puis les voici libérées. Nous avons été leur hôte.
Souvent, nous les avons négligées, trop occupés que nous étions à essayer de forcer, de se maintenir face aux différents vents des événements qui soufflent.
Parfois, nous les avons trop écoutées. Nous les avons renforcées au delà du développement qui était censé être le leur.

Tout est fait, rien n’ est grave.


Prenez une seconde pour être à l’écoute et recevoir l’information qui répond à la question suivante:
-Qu’est-ce qui, en moi et à cet instant, se recroqueville?

Reconnaître, admettre que la partie de notre corps qui s’exprime à cet instant est en difficulté, du fait qu’elle ne pouvait être entendue.
L’extrême pudeur et la grande fragilité qui la caractérise voilait ce message à notre regard.

Souvent, cette pudeur est un résultat de l’habitude. Voilà des années, des décennies, parfois un demi-siècle ou plus, que nous avons intégré cet apprentissage:
Toute tentative de prendre sa place est sanctionnée par un retour négatif ou une impression d’avoir mal agi.
Ce processus éducatif est d’autant plus intégré par celui qui en souffre qu’il n’est pas verbalisé. L’ensemble de ce déroulement, s’il ne passe pas par les mots peut très bien se produire en une fraction de seconde.
Surtout si toute possibilité d’intellectualisation est exclue.
Ce qui est le cas au niveau intra-utétrin.

1-S’étirer, se grandir, se dérouler, comme la fleur que le soleil inspire.
2-Ce n’est pas souhaité: le retour biologique est fulgurant.  Pluie Acide.
3-Cesser se comportement, brider cet élan.

Surveiller ce non-épanouissement, pour le nourrisson, l’enfant ou l’adulte est excessivement coûteux. L’énergie psychique qui est déviée à cet effet ne peut alors contribuer à la découverte, à l’embrassement du monde, à l’embrasement de l’âme.

Tout cela est puissamment inhibant, principalement du fait qu’il s’agit d’un mécanisme inconscient.
En toute sincérité, l’individu en proie à de tels détournements, croit exprimer dans la vie une stratégie authentique d’occupation du territoire.

Entre souhait réel et indigestion d’échecs à la chaîne, le voilà plongé dans la plus profonde des incompréhensions, la plus injuste des situations.

Et ce, même si tout vise à l’effacement…
Car, comment efface-t-on un tableau sur lequel on n’a pas su écrire?

Maintenant, et pour les siècles des siècles, prendre sa place.
Sur le coussin, imprimant largement le passé comme le futur, prendre sa place.

Prendre sa place c’est se tenir droit.
Se tenir trop rigide et tirer sur les os, ce n’est pas prendre sa place, mais lutter contre la peur de ne pas occuper l’espace.

Le cœur du bonheur est dans la confiance qui nous pousse à tenter l’écoute. C’est la foi.
C’est le temps que nous prenons pour tenter l’écoute qui déroule la richesse de cette douceur devant nous.

Passé, présent et futur, l’enfant nous entend.
Nos reniements, dans nos fixations, nos obsessions.
Depuis le dessous des mots, il sait que ce n’est pas bon pour lui.
Alors il cesse de nous tendre les bras.

Passé, présent et futur, l’enfant nous attend.
L’alignement des milliers de planètes, 
Favorable au passage des rayons du soleil.
et puis, il n’attend plus.

Et quand le jour perce enfin, alors que personne n’annonçait l’avènement imminent de la disposition des astres, la lumière est partout.

D’un même souffle, elle irradie les couches embryonnaires
Et les yeux de l’adulte se plissent de bonheur
Aux mille reflets que l’eau de rosée lacrymale diffuse.

Franck Joseph


©FJ Jan. 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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