Assise, Seule, les Pieds dans l’Eau

Assise, seule, au bout du ponton de bois,
Les pieds dans l’eau, elle parcourt l’océan.

Elle est de ceux qui vivent la vie sans que cela se voie.
La subtilité est leur force, la sensibilité leur forme.

Lorsque deux respirations s’entrecroisent, ils goûtent l’autre avec une intensité à laquelle les plus ostentatoires des amours n’osent prétendre.

Ils embrassent des carrières professionnelles riches et intenses, quand, pour un œil rapide, ils  semblent s’initier à un secteur d’activité.

Alors qu’on les accuse de papillonner d’une occupation à l’autre, ils percent les secrets des codes et des usages.

Lorsque leur main traverse les cheveux d’un enfant, ce sont tous les viscères de l’amour parental qui s’expriment et se dénouent.
Objets de railleries, ils sont heurtés par le mépris et la condescendance avec lesquels on les traite.
Abasourdis devant l’inaptitude des autres à voir avec quelle profondeur ils pénètrent la vie.

Leur sensibilité est calibrée de telle sorte que les premières bises de vent matinal résonnent déjà comme la tempête du soir qui fracasse les volets contre les boiseries des fenêtres.
Et le luxe confortable du sommeil garanti est un lointain souvenir.
La brute épaisse, repue de ses gauloiseries, entretient une saine relation d’ignorance avec les profondeurs de la nuit.

Par pudeur, ils se recouvrent de fantaisie, de légèreté, d’inconséquence.
Par instinct de survie, également. Ainsi drapés, on leur épargne un surcroît d’ostracisation.
Sentiment par défaut excédentaire, qu’il convient de réguler au mieux.

La mort, par transparence, flotte entre leur regard et l’expérience qu’ils effleurent et traversent dans un même élan.

Grossièreté, vulgarité, outrances, obstinations
Persistent comme un assourdissant bruit de fond
Et s’accrochent de force aux oreilles en lambeaux.
Ceux qui les accusent de légèreté s’y embourbent gaiement.

Lorsque tous les aliments sont coupés hachés et cuits,
Quelques minutes suffisent à réchauffer le plat.
Inutile de brûler le fond de la casserole

Quelques touches, ici et là, suffisent à achever le tableau
Ébauché il y a des milliers d’années.
Inutile d’enfoncer la truelle au travers de la toile.

Il arrive que ces êtres oublient leur légèreté,
Ecrasés par le poids du quotidien des autres.
Ils s’engluent alors dans le fond de sauce épais
Des plats qu’on leur impose.

Et c’est à coup de simulations qu’ils achètent les restes
De liberté disponible.
Ils feignent alors de repeindre le tableau achevé.

Vous ne pouvez comprendre combien il leur en coûte
De mimer ainsi les manières à la mode.
De prétendre écouter vos discours appesantis,
De laisser ruisseler vos ricanements gras,
De porter vos vêtements ultra normés,
D’applaudir à vos bruits.

Malheureusement, c’est cette ignorance même qui est à l’origine de votre empêtrement.
Il importe que vous ne nourrissiez donc pas un tel ressentiment à leur égard,
Que vous aperceviez enfin la bêtise  qui sous-tend votre suspicion à leur encontre:
« …il leur suffirait de s’agréger, de transformer le potentiel en manifestation concrète. »
« …ils disposeraient d’un quelconque pouvoir dont il leur suffirait d’user pour soumettre le monde… »

Ils n’y sont pas pour grand chose,
s’ils sondent les âmes en un regard.

Ils ne voient pas le monde en ces termes.
Et le pouvoir vous appartient,
C
ar en réalité, s’ils restent si souvent à l’écart, 

C’est parce qu’un seul de vos mots,
Suffit à les détruire.

Franck

 

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