Nuit Nue

-Prendre un livre.
Fuite.
-Se retourner.
Fuite.
-Planifier le lendemain
Fuite.

Répondre à l’insomnie par une diversion, c’est manquer l’opportunité d’observation brute.
Abrupte.
Peut-on croire suffisamment en soi pour oser rester allongé comme un bras de rochers émerge de l’océan nocturne ?
Peut-on voir les vagues déferler, nous recouvrir totalement, et sentir l’air, libres à nouveau lorsqu’elles se retirent ?

Le pouvoir de transformation de cette expérience est à la hauteur du courage nécessaire à la non-fuite.

Allongé, en pleine nuit, seul avec soi.

Pas de dojo, pas de cadre exotique, pas de tenues, pas d’inscriptions cryptiques.

Pas de vernis social, pas d’interaction entre méditants, pas de paraître. Personne à impressionner, aucune posture à prendre, aucun but politique à poursuivre.
Enfin fini, le jeu du meilleur des disciples.

Pas de cadre conceptuel non plus. Ni bouddhisme, ni tradition.
Ni véhicules, ni nobles vérités, ni mantras.

Pas de posture physique à prendre.
Seul, allongé dans le noir du milieu de la nuit.

La méditation nue.
Sans aucun artifice, rien ne peut se glisser entre celui qui est allongé et l’expérience qui se déroule.
Si plus rien ne s’y glisse, il n’y a plus de celui, plus d’expérience, plus de méditation.

Simplement allongé.
Seul et nu.
Encore plus dénudé que simplement assis.

L’esprit originel de la simple assise est là pourtant.
Il n’est en fait jamais parti, mais s’est calmement laissé ensevelir par les couches de cendres de ces environnements physiques, sociaux, conceptuels.
Que nous regroupions ces trois pôles sous les termes de ‘religieux’, ‘spirituel’, ‘traditionnel’, ne change absolument rien.
L’esprit originel continue de souffler.
C’est la nature de l’esprit de souffler.

Vraiment, la méditation est au monde.
Mais qui en veut vraiment ?

Au fond de la nuit, qui peut respirer simplement et voir au loin, de l’autre coté de la foi, s’étendre les assauts sauvage ridicules, tempétueux, puérils, intempestifs des pensémotions ?

Aucune composante des pratiques méditatives, aussi enracinées et authentiques, ou modernes et vérifiées pas la science soient-elles, ne peut refléter la profondeur de la nudité dont nous parlons.
Elles sont l’apprentissage obsessionnel de la notice technique posé comme préalable à l’utilisation d’un outil instinctif.

Les complexifications qu’elles déploient cachent l’ignorance de la simplicité de l’être pur.
Échauffements pratiques, laboratoires stériles et artificiels, librairies épaisses et poussiéreuses.
Elles n’ont rien à offrir qui ne soit déjà présent en nous, non dilué, non tourmenté par leurs filtres et leurs passoires.

Tous les concepts bouddhistes ne seront d’aucune aide. Ils s’effriteront à peine vous les aurez sollicités. Car ils ne peuvent coller à la simplicité.

Les bibles et les prières ne pourront davantage vous servir. Que savent-elles de l’immédiateté ?

Comme des vêtements que l’on perd un à un en marchant vers l’océan, les moyens habiles, si habiles soient-ils, tombent, lorsqu’il s’agit de voir la nudité.

Qui peut voir les yeux, dans les yeux, ce que c’est que d’être ?
Sans s’accrocher à un lieu, à un groupe, à un homme, à des notions,
Sans s’accrocher pour se cacher…

Maîtriser un enseignement, maîtriser les concepts d’une tradition, ses codes et son histoire…
Fuites.
Fuites.
Fuites.

Rien à acquérir qui ne soit déjà disponible, 
Plus simplement, plus naturellement.


Après qu’Abraham fût, je fuis,

‘Avant qu’Abraham fût, je suis’

Franck Joseph

©FJ Jan 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

 

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s