Dis-moi qui t’irrite….

Tranches d’irritations quotidiennes :

-Inutile de passer trois heures à l’ausculter. A peine ce gamin entre dans la pièce, qu’il me met les nerfs à vif. Soit je lui crie dessus, soit je m’en vais.

-Pas la peine de travailler à ces côtés pendant dix ans. Il met un pied dans la salle de réunion, et c’est plus fort que moi, il faut que je sorte.

-Regardez-la. Elle arrive, et elle s’assoit, persuadée que le monde entier a les yeux rivés sur elle à chaque seconde. Je ne vois même pas ce que je pourrais avoir à lui dire.

En demeurant à l’écoute de ce qui se passe en nous lors de ces scènes d’irritations banales, que chacun pourra décliner selon ses préférences (ou antipathies), nous nous apercevons qu’il s’agit de quelque chose de très physique, de viscéral.

Cette manifestation de rejet immédiat s’exprime bien en amont des mots que nous mettrons par la suite sur ces expériences désagréables pour les catégoriser. Nous tentons  a posteriori de les justifier, puis nous nous attachons à ces montages présentables.
En effet, il est beaucoup plus pratique d’un point de vue social, de parler d’incompatibilité de caractère, de décalage dans les cadres référentiels, d’une différence dans l’échelle des valeurs, que de réactions épidermiques ou de réflexe entéro-gastrique.

Une pratique méditative tissée dans le quotidien permet un certain ralentissement des engrenages et favorise alors une observation des mécanismes décrits ci-dessus.

Il s’agit bien d’une énergie qui se manifeste en nous lors de ces situations d’irritations.
Lorsque les roues tournent suffisamment lentement, nous nous apercevons alors que cette énergie chez l’autre qui nous perturbe tant, est souvent celle que nous-mêmes nous convoitons…Ce n’est pas forcément évident à reconnaître.

La manifestation de ce désir est de deux types.
Elle peut demeurer secrète, du fait d’un environnement social inapte à l’entendre et la valoriser. Elle peut aussi être strictement inconsciente.

Il suffit alors qu’elle déborde légèrement sur la sphère de la conscience pour percer à jour cette réalité : l’autre nous énerve par cela même que nous convoitons chez lui.

Reconsidérons chronologiquement les trois exemples en début d’article. Il s’agira alors d’une énergie convoitée sous trois formes :
le dynamisme de la jeunesse, l’efficience de la sphère professionnelle ou l’effet relaxant d’un champ culturel réduit au culte de la plastique.
(Bon, dans ce dernier exemple, il me faut avouer que je peine à identifier ce qui m’irrite tant…)

Le processus de maturation de l’individu permet à ces énergies de muter, de transmuter, de s’exprimer différemment. Elles deviennent alors moins bruyantes en nous. Paradoxalement, c’est pour cela que nous pouvons mieux les entendre.

Lorsque la forme ‘initiale’ de ces énergies se déconstruit, alors la convoitise cesse, telle une peau que le serpent laisse derrière lui, se demandant quel est celui qui a bien pu porter des vêtements aussi vulgaires.

Alors, il devient naturel d’accepter, de voir l’autre sans jugement, de lui permettre d’être ce qu’il est à cet instant.

De la même manière que l’irritation première n’était pas le fruit d’une décision, la  fin de cette irritation ne l’est pas davantage.
Il ne s’agit pas tant d’une acceptation de l’autre ou d’une tolérance à son comportement que d’un effet mécanique des processus énergétiques qui se dénouent.

Ce n’est pas la décrue de la rivière qui crée le paysage. Simplement, lorsque le niveau de l’eau descend, les champs apparaissent.

Franck

 

9 commentaires

  1. Oui, nous y parvenons à un moment donné, mais cela vient d’une conscience révélée en nous. Une sorte de neutralité qui vient de l’Amour, car il s’est passé un basculement très fort. Mais, ce n’est pas grave de pouvoir s’observer. C’est même très rare de le pouvoir faire. Alors, c’est une bonne chose que de pouvoir prendre du recul. Il ne faut pas non plus confondre, sensibilité, perception, émotion, et projection. C’est encore une autre chose.

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      1. C’est cela, en effet. A ce moment nous sommes en « langage de signes ». D’Écho et d’apprentissage. Nous sommes aussi en L’Accueil de L’Autre. L’Autre est un Autre nous-même. Nous entrons en empathie. En L’Echange et en La Lumière.

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  2. Bonjour Franck,

    Je me permets de vous raconter cette petite anecdote que j’ai vécue, il y a quelques années, lors que je professais dans un établissement scolaire. A la rentrée, les élèves entrèrent comme de coutume dans la classe et une élève m’inspira d’emblée un profond dégoût, je crois que j’avais perçu son propre dégoût vis-à-vis d’elle-même, aussi. Je me refusais à cela, me disant que le problème du rejet était d’abord en moi. Je priais durant une semaine entière afin de me libérer de ce sentiment que je savais, dans le fond, être le reflet de mon cœur. Je faisais de la méditation et plongeais mon regard en la lumière de cette élève, cet être en sa profondeur intrinsèque. Je » l’extrayais » de tout contexte pour entrer au cœur de son essence. Il se passa cette chose miraculeuse : tout disparut par « enchantement » et cette élève devint une élève assidue et pleine de lumière. Mon Amour avait percé sur des plans subtils et était aller au delà, bien au delà.

    Depuis, il a coulé de l’eau sous les ponts…

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    1. Bonjour à vous,
      et merci pour ce partage.
      Je connais bien ce sentiment de l’élève qui n’a encore vraiment rien fait, ni dit, mais qui incarne à cette position précise l’ensemble des éléments qui nous ‘irritent’. C’est à la fois profondément injuste et réellement justifié, dans le sens où « nous l’avons bien cherché » : c’est une occasion de conscience.

      J’imagine que par cette expérience, comme vous le soulignez d’ailleurs, c’est l’ensemble des « projections » qu’inconsciemment votre ressenti faisait peser sur les épaules de cette élève qui s’est vu dissout.
      Peut-être est-ce cela même qui a créé l’espace de maturation chez cette jeune personne.
      Le détour par les « plans subtils » opère forcément de manière … subtile.

      Merci encore,
      A vous lire

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      1. Oui. Justifié, je ne sais pas. Certainement. Puisque cela nous aide à mieux nous voir et à agir en conséquence. Dans le cas de cette élève, il y avait un problème réel, puisqu’elle a voulu d’emblée établir son rapport de force en franchissant le seuil de la classe. Je vous passe les détails. Mais, en ce qui me concerne, je ne voulais surtout pas entrer en cela. En vérité, j’ai plutôt très spontanément de l’empathie pour les gens. Je ne projette jamais sur eux quoi que ce soit. C’est même tout le contraire. Mais bon, il s’agit d’une toute autre histoire… Merci pour votre réponse. Bonne journée.

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      2. pensez-vous vraiment qu’il puisse y avoir un degré de « projection 0 » ?
        Pour ma part, je pense qu’il est difficile d’extraire la pierre sans faire éclats, et que l’on ne peut appréhender l’autre sans notre lot de projections (inconscientes), inhérentes aux bagages « subtils » que nous portons.
        j’essaie d’être à l’écoute de ces échos/éclats de projection et d’entendre ce qu’ils peuvent m’apprendre.
        Au plaisir d’échanger
        F

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