Le Poids des Mots

Beaucoup des éléments composant le discours autour de la spiritualité relèvent d’un brassage verbal.

Le brassage de mots peut être profondément éclairant pour qui ose le vertige.

Pour beaucoup, il donne corps, et renforce l’auto-conviction que telle ou telle expérience ou rencontre a eu lieu,
Ceci se produit par la répétition des éléments du discours d’autres pratiquants, eux même souvent en proie à l’auto conviction et a la répétition…

De même, une grande partie de ces alignements de verbes, de références, relève principalement de l’affirmation sociale:

« Je suis celui qui sait », devient alors le seul élément sémantique sous-jacent à toutes ces formes d’expression verbale.

C’est une simulation de reconnaissance des phénomènes spirituels, ou un auto adoubement suspect. Cette dernière caractéristique est en fait, par ce comportement grégaire, appliquée au domaine spirituel.

Tout le monde monte sur la tête de tout le monde.
C’est ici que commence parfois la danse du « je suis le disciple de… »

Aussi, dans cette pyramide humaine du désespoir, les membres se hissent les uns sur les autres, en prétendant reconnaître dans les mots de l’autre l’expérience que l’autre prétend connaitre par l’usage de ses mots.

C’est également ce qui se passe ici, au travers de ces pages.
La dérive est incontournable puisqu’elle est inhérente au support langagier.
Au mieux, tous ces articles ne peuvent être que ce qu’ils sont : le doigt, et non la lune.

Le dilemme est puissant : dans le même mouvement, ils rendent l’échange possible et ne permettent aucun échange. Cette contradiction n’est valide que tant que l’on ne différencie pas les niveaux de communication.
Une fois constatées les diversités de fréquences sur lesquelles les échanges peuvent s’opérer, nous pouvons affirmer que les mots sont inaptes à se mouvoir sur les ondes profondes.
Trop directes, trop immédiates, trop fluides et joyeuses pour que les mots puissent trouver là support à leur poids, adhérence à leur viscosité.

C’est la raison pour laquelle ces pages se refermeront, un jour où l’autre, pour privilégier une pratique et des échanges silencieux.

Au delà, seule la poésie parvient parfois à accrocher l’une ou l’autre des ondulations profondes.
Et les échos entachés que proposent ces textes ne sont que des reflets, à contre temps, plombés par des nécessités et dynamismes têtus.

La vie circule, la vie s’en fout.

Aussi les mots parfois colorent la surface et sont sans importance.
Ce qui se joue se joue, ce qui se dit se dit, avec ou sans mots
C’est alors la pratique que de ne pas laisser leurs lianes gluantes nous attraper les chevilles, les mollets, les cuisses…

Franck Joseph


©FJ Dec 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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