L’Autre Bodhisattva

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Une parole de Thich Nhat Hanh me séduit particulièrement :

Elle consiste à définir le bodhisattva comme celui qui sait « water the other’s seeds of mindfulness, compassion and joy ».

=  Arroser la graine de conscience chez l’autre…
…la graine de joie et de compassion, étant des sous produits de la graine de conscience. Celui qui peut arroser la graine de conscience chez l’autre est un bodhisattva.

Je me sens beaucoup plus en adéquation avec cette définition qu’avec celle que j’entends souvent et avec laquelle j’éprouve quelques difficultés à superposer la réalité de mon expérience.
Cette définition, dans sa simplicité, m’apparaît bien plus belle.

Sens usuel

Généralement, dans l’esprit du bouddhiste commun, être bodhisattva, c’est aider les autres. Dans cette ouverture vers un altruisme débridé, un certain inconfort me saisit parfois. Relève-t-il d’un tropisme en faveur de la pudeur, de la subtilité, d’une préférence pour la contemplation ?
Je ne saurais le dire.

Au cœur de cette définition malaisante, il y a une conception en amont de ce que doit être le bien pour l’autre. S’ensuit l’application de cette vision. On pourrait sans forcer le trait y lire un certain déni de liberté de l’autre.
Et chez cet autre, on pourrait y distinguer une forme de passivité.

Autre élément porteur d’inconfort : L’odeur de vulgarité qui voudrait appliquer les grilles de lecture de l’un sur la réalité de l’autre. « Je vais t’aider…si si, laisse moi faire« .

Également dans cette perspective s’insinue une hiérarchisation entre ces deux réalités. L’aidant est alors dans le confort de celui qui sait ce qu’il faut faire pour aider. En passant à l’action, il s’affirme socialement comme le détenteur de sagesse pouvant aider les autres.
(cf L’Altruisme 2 en 1)

Thich et l’arrosage

Dans l’approche proposée par cette réflexion de Thich Nhat Hanh, il y a reconnaissance de la capacité de l’autre à arroser la graine de conscience.
Cette graine lui appartient, il faut l’aider à retrouver le chemin.
Bodhisattva, j’aide l’autre à s’aider en orientant cet arrosoir. Je le dispose à une perception moins erronée des phénomènes qui font sa vie.

C’est à l’ombre de la conscience que la joie et la compassion s’exercent le mieux.
Cette première perception enjoint le bodhisattva que l’on définit ainsi à être le premier réceptacle de cet arrosage de conscience. Pour arroser l’autre, il faut qu’il ait la capacité de s’arroser lui-même. Qu’il entretienne son jardin.

Voilà peut être ce qui me dérange dans la définition commune : une gesticulation désorientée, quelque chose de désespéré, de pathétique au sens premier du terme.
La définition usuelle est brouillon.
Thay souligne la nécessité pour le bodhisattva de continuer à arroser ses graines de conscience, de joie, de compassion.
Pour pleinement s’épanouir, ces deux dernières doivent être arrosées après les graines de conscience. Elle ne peuvent grandir que sous le parapluie protecteur de la conscience.

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Franck Joseph

©FJ Fev 2019
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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