Lever l’Encre

Qu’est-ce donc que cela, après tout ?
Ces documents sauvages consistent à saisir les graphèmes bouillonnant dans l’air, à les pincer à la volée, dès qu’ils quittent la marmite, pour les accoler comme bon leur semble sur le plan de papier…
Avec clarté et sérénité, j’observe aujourd’hui que cela peut très bien s’arrêter…
Les deux ‘pouvoirs’ :
-Il est probable que tout s’arrête. De la même manière que les choses ont commencé. Comme ça, l’air de rien, sans prévenir.
-Tout cela reçoit la permission de désormais s’arrêter, tout cela s’autorise au silence.

Les mots, les sons, les lettres ne cesseront pas de jaillir par dessus le rebord de la cuve.
Simplement il n’y aura plus de filet à papillons pour les recueillir, et qu’il s’agisse de mots caillouteux ou bien de diamants, cela ne change rien. Les uns et les autres sont un écho.

Lorsque la plus fidèle des voix d’anges chante dans le désert, son chant ne sert jamais à rien.
Si les nomades se perdent à le mettre en partition, ils ne peuvent entendre résonner en continu les harmoniques intérieures que les mains d’anges caressent.

Robinet en fin de fuite, l’écriture s’éteint pour faire place aux flots du continent intérieur.

La crainte d’oublier, de perdre ou de ne savoir reformuler en était le moteur, la pression.
Aujourdhui que la confiance est suffisante pour reconnaître la stabilité et la pérennité du message, cette crainte d’évanescence n’a plus lieu d’être et l’écriture disparaît.

Le témoignage à cette investigation avait pour premier destinataire l’acteur même de cette expérience. Au delà d’un certain seuil d’association, il semble que les retours en arrière soient peu probables et ne justifient plus cet étayage de crayons offert à l’expérience détonante.
Le descriptif spirituel inscrit dans le réel à coup de plume, écho de confirmation au pratiquant-explorateur chancelant et incertain…Lorsque l’évidence s’est installée, il n’y a plus rien qui nécessite confirmation. L’homme a découvert son visage de l’intérieur et tout rappel par le concours du miroir des notes n’a plus importance.
Le détour par le miroir de l’écrit est devenu superfétatoire.

Que le texte se fasse ou pas, cela ne change rien.
D’une certaine manière, par sa nature, le texte simule, par une fiction rétroactive l’expérience qui a eu lieu. Il est un triste singe.

La réalité de cette expérience désamorce tout besoin d’émulation.
Et l’explorateur peut lever l’encre.

Franck Joseph


©FJ Sept 2019

Poèmes, recueils, articles et romans disponibles en format papier : LIVRES ET RECUEILS

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