La Violence d’Attitude (1/2)

Lorsque l’on pense à la violence, on visualise souvent deux colonnes séparées entre lesquelles on n’oublie généralement pas de dessiner une passerelle.

En effet, la violence verbale (à gauche) conduit à la violence physique (à droite), et cette dernière, en retour, peut se colorer généralement des attributs de la coquille langagière où elle a mûri.
Dans ma vie d’auditeur passif, il ne me semble pas me souvenir d’un quelconque intervenant ayant fait mention de ce qui pourrait très bien constituer une troisième colonne à notre tableau infernal : la violence d’attitude.

Les agents au travers desquels elle se manifeste n’ont pas nécessairement la vulgarité aux commissures de la bouche ni le besoin d’en découdre par le corps.
Bien qu’ils puissent relever des deux autres colonnes, ils se caractérisent avant tout par un attribut extrinsèque. c’est en effet davantage un ressenti chez ceux qui subissent cette forme de violence qui viendra valider sa réalité.

En présence de cette violence d’attitude, un sentiment d’agressivité diffuse et crépitante est la conséquence première chez le sujet qui s’y trouve confronté.
Une impression d’incertitude, de danger imminent mais indéfinissable.

C’est ici la raison pour laquelle les amateurs de risques ou de sensations fortes qui s’ignorent (également une version de l’adolescent dopaminé) peuvent trouver une forme de satisfaction morbide dans la fréquentation des individus manifestant cette forme de violence.

Il en découle une dépendance destructrice et réciproque :
L’agent violent a besoin de provoquer cet effet d’agression diffuse
L’agent victime, est accroc à ce ressenti du danger dans l’air.

De plus, cette violence d’attitude, puisqu’elle peut exister sans ses corollaires — lexical et physique, est bien plus insidieuse et se tisse plus efficacement aux matières sociétales.
Contrairement aux deux autres, elle peut s’observer sans sanction chez un détenteur de légitimité institutionnelle (professeur, policier, politicien…)

Elle s’insère brillamment dans l’univers professionnel et génère une myriade d’effets collatéraux dévastateurs.
Comme toute forme de violence, elle crée un ascendant chez celui qui l’exerce (consciemment ou pas). elle peut aussi devenir le cœur battant (en sur-régime normalisé) du couple ou de la relation parent-enfant.

C’est précisément la subjectivité de ce ressenti chez le dominé qui la rend si délicate à décrire et à éradiquer.
Elle est maltraitance en ce qu’elle impose une couleur psychologique, en ce qu’elle crée l’instabilité. Les dynamiques inconscientes de l’homéostasie relationnelle engendrent les réflexes de compensation chez ceux qui la subissent. Ils cherchent à apaiser, à tempérer, ils anticipent à tout-va.
Cette attitude compensatoire est psychiquement très coûteuse. Elle est surtout motif de jouissance chez celui qui exerce cette violence d’attitude (une fois encore, souvent inconsciemment).

En guise d’exemples concrets, décomposons certains de ces éléments constitutifs :
N’étant pas toujours linguistique, elle est ainsi périlinguistique: c’est une intonation, une gestuelle, une manière d’occuper l’espace, de prendre la parole, ou de la récuser.
Elle peut aussi être terriblement banalisée notamment par les vecteurs médiatiques des codes des musiques contemporaines lorsqu’elles se font bruit.

Le matraquage marketing véhicule également les codes de cette violence d’attitude. Puisqu’elle est un moteur furieusement efficace de la pulsion d’achat, il est dans l’intérêt des politiques de communication qu’elle se généralise.
C’est finalement un désir d’affirmation qui se trouve au cœur de cette violence périlinguistique, une insécurité égotique qui tourne en boucle folle, alimentée par un besoin impérieux de se dire en permanence, une peur impérieuse de disparaître dans le silence. 

Franck Joseph

©texte et photo FJ December 2019 
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