Dans le Coran,
Le verset 81 de la Sourate III m’interpelle.
La dernière ligne me semble être une de ces pierres anodines que rien ne distingue vraiment des autres pierres du chemin…
Une simple latte de parquet, accolée au autres lattes.
J’y pose donc un pied confiant et ne suis absolument pas préparé à voir le sol, les planches s’écrouler sous mes pieds, et glisser dans un de ces vertiges.
Il me semblait qu’il s’agissait d’une particularité du Bouddhisme Mahayana : un recul fulgurant, une perspective à ébouriffer même l’âme rompue aux tourbillons des Bodhisattvas les plus étourdissants.
« Allah dit : Êtes-vous résolus à considérer Mon apport ? Ils dirent : Nous le sommes .
Il dit à son tour : Soyez-en donc témoins : Je suis Moi-même un témoin parmi vous. »
Allah ? Lui même un témoin ? De quoi Allah peut-il être témoin ?
Nous lisons ailleurs tant de fois qu’Allah est le plus grand ?
Voici un premier niveau de compréhension.
Le « Moi-même » d’Allah , qui se dit témoin, ni sous-entendons le « parmi vous », groupe humain, Dieu dit rendre compte, parmi nous, au sein de nos structures humaines, dans nos échanges, nos conversations, du quelque chose de plus grand encore.
Un témoin portent un témoignage. Il est reflet et vecteur d’une parole.
Le témoin est le messager d’un ailleurs du temps et de l’espace auquel celui auprès de qui il témoigne n’a pu avoir accès – le témoignage est toujours tripartite, et chacun de ces composantes est plus ou moins incarnée ou induite.
Le témoin porte un message, reflète la réalité d’Ailleurs,
Le receveur reçoit le témoignage il est celui auprès duquel on témoigne,
Enfin, et avant tout, le Témoigné, celui duquel on se fait le témoin, l’ailleurs de cet ailleurs inaccessible au receveur.
La réalité, pourrait-on dire,
Car c’est aussi le rôle du témoin que d’éclairer celui qui l’ignore,
Qui s’est réellement passé,
Cette réalité, cet Ailleurs, l’élément sans lequel le témoin et le receveur n’ont pas lieu d’être.
De qui donc Dieu peut-il être le Témoin parmi nous ?
D’une réalité personnelle qui s’exprime en l’âme de chacun des croyants, capables d’écouter, disponible à Dieu.
Dieusponibilité.
Le Dieu dont on témoigne, dont on parle, pour lequel on accomplit rituels et cérémonies, est celui qui initie à la pratique, à l’expérience, à l’écoute « dans sa chambre », comme dirait, ailleurs, Jésus.
Hors du monde, hors du groupe, seul, en silence, la présence d’Allah en cette intime intériorité est sans commune mesure avec l’expérience restée au niveau social (conversation, rites, cérémonie, groupes…)
« Parmi nous », c’est ici que le plancher se dérobe, signifie également au dedans de vous – en vous– cette relation intime avec Dieu, notre niveau profond de relation avec le souffle divin.
« Je suis moi-même un témoin parmi vous »,
En votre sein, dans vos coeurs dans vos reins, moi-même, je témoigne là d’une réalité, d’un ailleurs qui ne vous est pas accessible en cet instant, dans son entièreté pourtant, j’en témoigne,
Dieu est plus grand que Dieu.
1 : le Dieu de ton Cœur est sans commune mesure avec le Dieu des hommes,
2 : le Dieu dont je témoigne, par profondeur d’être dont je viens me faire en toi l’écho, celle qui te comble et nourrit chaque minute de ton existence, là encore, cela est sans commune mesure avec le degré d’intériorité dont je viens aujourd’hui te parler.
Le merveilleux de ce verset opère de la sorte : en nous disant que nous sommes appelés à une expérience de communication à Dieu infiniment plus intense que celle que nous connaissons à ce jour.
Allah dit : « Cela n’est pas tout » et, tout en partageant l’incomplétude d’un état ( ce que tu as n’est pas tout), le texte apprend, ouvre, invite à l’au-delà de « ce que tu as » = il existe un autre niveau dont je me fais ici le témoin en toi.
Tu ne sais pas comme Dieu est grand, pourtant, tu l’apprends aujourd’hui, Dieu est grand.
Et aujourd’hui
Et aujourd’hui encore.
