Petits Boulets

Le goût intense de ce sentiment se pétrifiait en cet instant chez Nina et David en une médaille symbolique qu’ils porteraient à l’intérieur. Nina pensa à cette médaille rentrée qu’elle ajouterait à sa chaîne de l’intérieur auprès d’autres médailles gagnées, offertes, arrachées, perdues ou à venir…

Comme la vulgarité des médailles brandies aux torses et corsages l’indisposait physiquement, et à ses yeux n’affichait rien d’autre que le désarroi identitaire dans lequel se trouvaient, la plupart du temps sans le savoir, ces croisés modernes : une version menthe à l’eau des bains de sangs médiévaux, mêmes mécanismes, autre ampleur.

A ses yeux il en allait de même pour les tatouages et piercings qui de manière révélatrice, s’imprimaient dans le corps principalement au moment de l’adolescence. Si une valeur, une croyance, une Weltanschauung fait vraiment partie de ce que je suis au plus profond de moi, alors pourquoi l’inscrire dans ma chair…est-ce si superficiellement ancré en moi qu’il me faille un repère visuel permanent, ou l’associer à une douleur lors de la phase d’inscription…? Ou est-ce qu’au contraire ces artifices ne se gravent dans les corps comme un miroir inversé de ce que sont leurs psychologies réelles, un moi en négatif, un réflexe homéostatique de survie psychique? Ces éléments ne sont pas en moi, je vais donc les faire apparaître et micro-mutiler mon corps, ou me mettre un mini-boulet au cou qui lui, je l’espère, me définira.

Et tout cela entretenant encore plus avant, plus profondément l’illusion que nous sommes des figurines figées dans le verre, flottant dans un fleuve…N’est-ce là qu’un raccourci facile, une fainéantise, une mauvaise habitude contractée très tôt puis tristement répandue et normalisée dans notre environnement qui inciterait à proscrire toute évolution de notre moi ? Et s’il s’y avait pas de moi ? Ni figurine, ni verre, juste un fleuve et une myriades de reflets magnifiquement trompeurs scintillant à l’infini nous laissant penser que nous sommes là, à dire et à penser de telle ou telle sorte ? Mais pourtant pour ressentir cet artifice terriblement efficace il faut bien qu’une conscience soit présente. Je suis une entité conscience, petite bulle amovible et flexible de notre grande conscience commune. Je ne suis personne. Comment pourrais-je croire à un autre idéal qu’à celui de liberté, de mutations souples et permanentes, de danses chorégraphiés à l’instant même, sans autre message que celui de l’eau qui coule, doucement, violemment, avec acharnement, sans importance, ? Car c’est ce que fait l’eau : elle coule.

NiDr

Extrait du Roman « Fille du Vent »

niyamdraw@gmx.com

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