Vacances Solaires

5 juillet au soir. Les vacances, enfin. Oui, mais scolaires… Finies donc les longues plages à s’écouter penser, à écouter l’après midi passer doucement au son de mon sang qui coule et tape entre mes tempes détrempées le tempo des sons qui coulent du système… Désormais et pour les deux mois à venir, mes vacances coïncident avec celles des gosses… Coincé je suis.

Le bruit de fond abrutissant, ce chaos sonore perpétuel, lequel ne s’interrompt que si je décide de le pourfendre d’un de mes hurlements impulsif, toujours malvenu: voilà ma lourde peine. Cette très étonnante oscillation entre deux tenues vestimentaires très différentes. D’un coté, surtout la journée j’endosse mon habit de tortionnaire, réactionnaire, non débonnaire, machine à faire taire, bref celle de mauvais père. Et chaque soir je la plie délicatement, près de mon lit pour le lendemain et me couche dans ma tenue de prisonnier. Bien pratique pour purger ma peine, envers la société familiale, celle d’avoir craché ostensiblement dans la soupe, je suis plus à l’aise pour expier mon pêcher de colère. Le temps d’une nuit. Pour repartir tout neuf du matin dans mes habits déjà préparés.

Tout cela ne me plaît pas. Je dois bien y trouver si ce n’est un plaisir secret, du moins une compensation inconsciente qui permette de maintenir quelque subtil équilibre psychique…voilà ce que vous pensez, inquisiteurs obstinés !

Personnellement je ne me soucie pas de vos jugements hautains, je ne m’en inquiète plus. Aujourd’hui tout à changé.

Ce matin, c’est intermarché. Pas de majuscule pour un lieu de débauche conceptuelle, c’est moi qui choisis. Et puis ce magasin est minuscule de toute façon.

Branle bas de combat pour 15 minutes à pied.

2 gosses, 1 femme, 1 bébé, 1 chien.

Et moi derrière, avec mon chien, anecdotique (le chien, pas la situation, qui de par l’ampleur que les événements prendront dans les minutes à venir mérite tout sauf ce qualificatif…)

Pendant une pause infligée par l’absence de ma femme (pour questions administratives- questionner une banque, comme on parle à un mur), je me vois cloué sur le pavé avec les deux marmots qui braillent et le chien qui couine du bonheur secret qui le met sur le chemin d’une éventuelle rencontre avec un congénère, elle-même porteuse du doux espoir que représentent les 50% de chances de croiser une femelle. Tout ça du bout d’une laisse, d’où je pourrais pour n’importe quel saute d’humeur tuer dans l’œuf tous ses fantasmes canins. Sacré vie, non ? C’est un tout petit yorkshire, vieillissant, peu sorti, donc vite content…c’est stratégique. 😉 : Ponctuation en clin d’œil. Re.

Toujours vêtu de ma tenue de chef de guerre, je surveille ma jeune armée et en viens à secrètement jalouser (avec une dose de nostalgie quand même pour garder ce sentiment socialement acceptable) cette joie qu’ils éprouvent à se savoir libres pendant deux mois, ce qui à cet, âge est long comme une vie. Par effet de télescopage, j’en viens à ressentir moi-même ce que cela me faisait au même âge. Par effet d’accélération, je poursuis le tunnel de ce sentiment pour trouver à l’autre bout cette parole de Yeshouah qui dit que le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent.

J’avais toujours trouvé cette déclaration sympa mais empreinte d’une convenance naïve, un peu béate. Je réalisai à cet instant que je n’en avais simplement pas saisi la portée.

Ce fut une révélation, comme un rappel revenu du fond de mon cerveau, une pichenette de mon inconscient pour me redonner le goût. Juste ce qu’il faut pour provoquer la frustration, me redonner un objet de quête. Je sais après quoi je cours, je l’ai vu. Je sais aussi que cela ne sert à rien de courir après. Car on court après ce que l’on veut avoir, mais non après ce que l’on veut être.

Et l’on veut être ce que l’on est,  ce que l’on nait : enfant. Nous sommes tous fondamentalement des enfants, plus ou moins endimanchés, plus ou moins à l’aise dans nos beaux habits de messe…cette grande célébration quotidienne, surtout, mais pas seulement, celle du merveilleux monde professionnel. A force d’avoir cette toute petite place dans laquelle nous évoluons au quotidien, et même si elle est pleine d’adultes  responsabilités, nous finissons par nous amputer de nous-mêmes. Et comme tout amputés, nous gardons à jamais la nostalgie sensitive de notre « nous » enfoui. Ces codes quotidiens qui nous asservissent subrepticement, lentement, inconsciemment agissent comme des ciseaux coupe-ongles, et nous finissent pas nous redimensionner en nous rabotant jour après jour de nos cellules vivaces. C’est donc avec cette vie de kératine obstinée qu’il faut renouer. L’enfant,ongles longs, nous y conduit spontanément : Pur et neuf, en émerveillement permanent devant le monde qui l’entoure.

Mes deux enfants, eux, jouaient en riant, sautant sur les pavés, s’imaginant certains à éviter et y prenant un plaisir direct. Qui parmi nous, adultes consentants, saurait transformer un simple trottoir en aire de jeux infinie ? On vante souvent l’imagination des enfants. Il s’agit plus, je pense de capacité à la joie. Nous sommes pourtant capables aussi d’expérimenter ces heureux instants, mais de manière déviée, perverse et assez aléatoire. Il nous faut re-muscler notre émerveillement, retendre l’élastique et fonctionner en flux tendu. Pas de stock que l’on regrette de n’avoir écoulé ou que l’on pense à vendre par la suite… Soyons cette certitude que ce qu’il nous faut, ce qui est bon pour nous est déjà en nous, devant nous.

Comme un enfant qui joue avec les pavés d’un trottoir, pour qui deux mois représentent un état de bonheur permanent. L’enfant ne fait qu’un avec l’objet de ses jeux…c’est d’une importance absolue pour lui. Il s’identifie entièrement avec ces objets. Pas de frontière sujet/objet…et pourtant lorsque pour une raison sans importance le jeu s’achève, rapidement voire instantanément l’enfant se glisse en un autre jeu. C’est la vie : être entier dans ce que nous vivons, n’y accorder pourtant qu’une importance toute ludique. Le merveilleux n’est pas intrinsèque à l’objet. C’est un état du sujet qui touche de sa capacité son environnement extérieur et intérieur. Et vit dans un état de grâce permanent.

NiDr

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