Compassion Extra-terrestre

Il est dans le langage comme des trappes dissimulées qui, lorsque notre langue s’y appuie, ou que notre  pensée les tâtonne, s’ouvrent sur des abysses de vérité.

Ainsi en fût-il lorsque je décortiquai avec un ludisme que seul l’ ennui peut inspirer ce concept d’« extraterrestre».

Le mot impose par son seul usage une conception particulière qu’il faut observer avec suffisamment de soin en se laissant tomber par la  trappe  sous le poids de notre étude. Alors, telle Alice nous chutons dans un tunnel de découvertes à la verticale et sur notre passage contemplons les objets allégés des  lourdeurs de la pesanteur qui  tels les mots s’évaporent lorsqu’un usage non automatique cesse de les clouer au raz du sol.
Ce mot, par son simple usage, signifie que nous plaçons une frontière entre le terrestre et ce qui ne  l’est  pas.

C’est en cela que le mot «extraterrestre» a malgré lui une fonction performative. Il crée par son usage la réalité nécessaire à la compréhension de ce qu’il décrit. C’est à dire  que, pour que ce mot signifie quoi que ce soit,  il faut d’abord  que je pose une frontière factice entre ce qui ressort de la planète Terre et ce(ux) pour quoi (qui) ce n’est pas le cas.

Et l’emploi même de ce terme à ceci de terroriste qu’il ne laisse  aucun choix à l’interlocuteur que de partager  cette vision du  monde. Or, cette frontière n’ a absolument aucune réalité autre que conceptuelle c’est  à dire subjective. Dans l’univers il n’y a pas nous et les autres mais bel et bien une seule et unique nature nous incluant tous.

Poussée à l extrême cette conception signifie la fin même du langage anéantissant jusqu’aux pronoms personnels sujets. Le but du langage étant en premier lieu de nommer ce qui n’est pas moi, de créer autant d’objets que les combinaisons phonétiques le permettent. Il faut nommer le non-moi.

Si je me place dans la position de penser que le non-moi est infini (l’univers étant infini théoriquement) et que la barrière, entre le non moi et le moi est factice, je ne peux pas ne pas conclure que le moi est infini également.Par souci d’une santé mentale stable, décidons ensemble de ne pas emprunter ce chemin du vertige et restons cantonnées aux seules questions de savoir ce qui est terrestre et ce qui ne l’est pas. L’espace sublunaire aristotélicien ne tombait dans aucun autre travers en catégorisant artificiellement un ensemble qui par définition meurt quand il est  victime de ce placage de frontières par décret linguistique.

Les questions de frontières territoriales, et langagières sont des manifestations intérieures et extérieures d’un même phénomène de repli identitaire. Libre au lecteur moins fainéant que l’auteur d’en tirer les conclusions.

Niyam Draw

Laisser un commentaire