Obstétrique

Une similitude entre la musique et l’écriture, et peut-être toutes les formes de création, c’est la notion de choix.

Ce qui est fait est fait. Impossible de dé-jouer une note ni de dés-écrire un mot.

Bien sûr, il est envisageable de gommer sur la partition ou le carnet, mais ce n’est alors pas la création elle-même que l’on travaille mais une simple fiction qui simule l’acte de création. Ce n’est qu’une fois terminée, séparée de nous par une rupture irrévocable du cordon ombilical, que l’on peut parler de « création ». Auparavant, il s’agit d’une gestation intérieure, un magma confus où créateur et création ne se distinguent pas.

Il faut que les eaux et la terre soient nommées en tant que tel pour exister. Au commencement, le Logos. Oui mais avant ? Avant, rien.

Toute création nommée, séparée, née est irrévocable. L’impression de pouvoir revenir sur ce qui a été accompli est une illusion de l’ordre de l’effet d’optique, car une fois modifiée, l’œuvre n’est plus le même enfant.

Alors on pourrait penser que les formes artistiques qui gomment ces effets d’optiques sont supérieures, ou du moins, plus authentiques. Il en va ainsi pour l’improvisation en musique, en art graphique, en écriture. La gestation et la naissance sont synchrones. Les arts japonais constituent certainement ici une très bonne illustration.

L’effet d’optique n’est pas à récuser totalement, car il a certainement des vertus pédagogiques, de la même manière qu’un ralenti vidéo lors d’un match permet de voir clairement s’il y a eu fautes ou de déterminer qui est l’auteur d’un but. On sort alors de la sphère artistique pour rentrer dans celle de l’analyse, de l’intellectualisme. Ainsi, un étudiant en musicologie n’est pas forcément un musicien. Ni un professeur en histoire de l’art un artiste par défaut (mais plus souvent un professeur par défaut…).

NiDr

Laisser un commentaire