Vaste (et sinistre) Blague du Statut Facebookien

Quelles peuvent-être les conséquences psycho-sociales d’une utilisation étendue et intensive des réseaux sociaux ?

Sûrement celles-ci ne doivent pas être éloignées des conséquences que l’on observe chez les personnes dites « publiques », c’est-à-dire une disproportion entre le moi réel et le moi illusoire, une déconnexion croissante entre ce que je suis, vraiment et ce que je voudrais être (ou ce que j’aimerais que l’autre pense que je suis). D’un coté la vague de nuit, de l’autre, l’océan.

La réalité de mon identité étant quelque part au milieu, parasitée par la communication (ou la non-communication) de l’autre avec son propre moi réel. Quel fouillis !

C’est sur le mode du moi illusoire que tous nous communiquons lorsque nous empruntons les chemins numériques de Facebook ou de ses frères de bits, moi y compris puisqu’en écrivant ces lignes, je me positionne en tant que personne apportant une réflexion qui n’a que très peu d’importance pour un moi profond, et relève donc plus de ce que je voudrais être, de ce que je voudrais que mon lecteur pense de moi.

Tout ceci étant vampirisé par ce que ce même lecteur aimerait que je pense qu’il est, ce qui provoquera donc une réponse ou une non-réponse de sa part et prendra la forme d’un mail au mieux, d’un froncement de sourcil, d’un sourire ou d’un revers de main au pire.

Il n’y a aucun « statut » légal pour le moi réel sur Facebook…. Seules des identités fantasmées s’entrechoquent et ne se répondent pas, à l’infini, dans un desert de câbles froids. « Et le désert avance » comme disait Michel, le Berger. Mais les moutons se perdent. Gentils moutons.

Tout ceci semble impliquer que le salut va poindre pour quiconque fera fi de son moi illusoire, qui, comme son nom l’indique n’a pas d’essence propre (au sens ontologique, comme au sens «  carburatif » d’ailleurs)

Mais ne serait-ce pas le paroxysme de l’angoisse que de découvrir qu’il en va de même pour ce que nous avons appelé le moi réel…. ?

Qu’est ce que ce moi ? Qu’est-ce que « moi » si ce n’est un condensé d’expériences qui arrivent en écume, un ressenti à un instant t ? Tout ce que je projette sur moi-même.

Et en quoi ce je ne serait-il pas « sujet » aux mêmes déviances et distorsions fantasmagoriques et auto-compensatrices que ce que nous venons d’illustrer au sujet du moi illusoire?

Rien ne garantit que ce ne soit pas le cas, si ce n’est ce sentiment de survie qui pousse à se raccrocher à quelque chose.

Pire encore, on pourrait penser, par instinct toujours, que le vrai moi est logé dans le je qui projette sur moi-même, mais qu’adviendrait-il si on dé-zoomait le focus pour mettre ce je en abîme et en découvrir un autre, puis un autre, puis un autre…toujours plus glissant, toujours moins substantiel ?

NiDr

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