Oscillations

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui voient.

Ce serait un euphémisme de taille que d’avouer ne pas être étranger à un certain radicalisme idéologique.

Une idéologie d’autant plus pure qu’elle n’est souvent qu’un vide sans tâche, prête à être remplie par tout et son contraire. De deux choses l’une : soit je me situe au-delà des contradictions…position arrogante, mais intellectuellement confortable, soit je suis une expression individuelle de la complète immaturité populaire, « prêt à Marat, comme prêt à Tibère »…. Soit il s’agit encore ici d’une contradiction que je transcende…On ne s’en sort plus.

Le fond importe peu. Le radicalisme auquel je fais référence ici est d’ordre formel. Ce qui me séduit, c’est l’adhésion totale. Ainsi, la moindre imperfection identifiée dans un système quel qu’il soit me conduit à le fuir irrémédiablement, quitte à me jeter avec la même ardeur dans une idéologie différente, voire opposée….jusqu’à ce que le processus se répète, que j’en vienne à oublier ma première démission pour embrasser l’idéologie que je fuyais. On ne s’en sort plus.

Le comble du cynisme, c’est d’en être conscient et d’arriver au point où, connaissant par avance les voies ascendantes et descendantes qu’empreintent les rails, je monte dans le wagon un sourire désabusé aux lèvres.

C’est bien la preuve que l’idéologie n’importe pas et que seule compte la mobilisation psychique du moment. Savoir son esprit occupé est la priorité. Il sera toujours temps d’agir quand l’inconfort intellectuel sera trop criant. On ne s’en sort plus.

A regarder ce qui vient d’être défini, j’ai l’impression que cela s’applique merveilleusement bien au terme d’immaturité. Finalement, cela revient à refuser d’habiter un magnifique château au motif que dans l’un des murs de pierres, l’une de celle-ci est trop saillante et rend ce mur disharmonieux.

Il conviendrait d’apprendre à repérer la pierre, pour ce qu’elle est : un composant peu gracieux, plus vulgaire, peut-être même dangereux pour la sécurité des hôtes… Mais en aucun cas un motif d’abandon de la demeure car alors, effectivement, la perfection n’est pas de ce monde et on risque de ne plus rentrer nulle part.

Cette intolérance « architecturale » peut aussi très bien être l’expression extérieure de mon intolérance à accepter mes imperfections intérieures.

Enfin, il est très rassurant de constater que cette instabilité d’adhésion, aussi dangereuse sur le long terme qu’elle puisse se révéler (aucune bande adhésive ne résiste aux multiples changements de supports…elle finit par ne plus coller nulle part et se recroqueville, desséchée, dans une inutilité totale) est très largement partagée par mes congénères humains, de manière plus ou moins prononcée, plus ou moins erratique, plus ou moins consciente ou douloureuse pour le sujet qui en est l’objet.

En conclusion je brandis donc sans honte un « nous ». C’est bien ce que nous sommes en de pareilles circonstances : un objet, un jouet.

Un bolide lancé à pleine allure sur une piste cyclique qui, s’il ne sait à un moment donné s’éjecter pour prendre de la hauteur, verra son moteur à explosion exploser pour de bon.

NiDr

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