Vieillir Libre. La Tension et l’Attention

De source sûre et éprouvée par bientôt 37 ans de vie terrestre, nous construisons un édifice intérieur et c’est celui-ci qu’il convient d’observer une fois assis sur la barrière du milieu de vie.
A longueur de journées, de semaines, de mois et d’années, nous charpentons cette bâtisse que nous pensons être nous : nous assemblons maladroitement les poutres et les solives que l’on nous envoie, quelques planches de récupération, plaquons le placo après avoir enfourné la laine de verre, épaisse et coupante. Isolante. Et surtout la déco: quelles paillettes correspondent le mieux à ce que je pense être? Il n’y a plus qu’à se dompter un bout de nature pour l’appeler ‘jardin’.

Subitement, nous voici adultes, faits de bric et de broc; tous pareils, tous différents, tous de vieilles planches, tous repeints mille fois. Tous convaincus que chaque couche était la dernière.

Avec le temps, les peintures s’effritent, les briques se désolidarisent, la maison entière penche un peu. L’heure approche de quitter cette habitation qui menace de s’écrouler. Un peu plus loin, sur la route du temps, on la voit déjà en amas de ruines informes.

Elle avance, branlante, sur le chemin de la vie et crie : « Regardez-moi, je suis un château! », mêlant les rires hystériques aux larmes de vérité.

Déjà, sur ce tas de pierre, de métal et de bois, viennent se servir de jeunes bâtisseurs convaincus qu’ils érigent leur demeure éternelle.

Cette maison n’a jamais existé, elle n’a toujours été que ce tas de matériaux au travers duquel on voyait notre projet de vie. Vient alors le temps de quitter cette coquille le sourire aux lèvres pour partir habiter dans le jardin éternel et infini, qui n’est à personne, puisqu’il n’y a personne pour le revendiquer.
Ce monde est le monde. Juste à coté du monde, un peu en dessous.
On ne peut y habiter, on ne peut qu’y être.

Nous voici alors pris d’un sursaut: Trouver un recoin, se cacher les yeux avec les mains et croire très fort que personne ne nous voit….. C’est à dire retendre les draps, étayer les poutres, repeindre encore une fois, avec cette nouvelle peinture, celle qui ne coule pas.
Essayer d’être beau, beau, beau….beau et con à la fois, comme la chanson. Vivre des humeurs ravivées, fantasmées de notre jeunesse. Ranimer cette inconscience de manière artificielle.
Et pathétique.
Et si commune.
Comment ne pas céder aux sirènes de l’illusion, à leurs voix sucrées.

Cette maison est notre maison, c’est aussi notre famille, notre vie, notre carrière, nos amis, nos habitudes, nos passions, notre langage, nos mouvements, nos attitudes, nos habitudes…

C’est aussi notre corps, que l’on sculpte, que l’on dompte, que l’on subit, et auquel on fait subir mille sévices acceptables, invisibles. On lui plante des tiges, on lui accole des tuteurs, on le tend, on le détend, on le crispe, on le force à porter encore et encore nos charges inutiles.
On transmute nos rigidités comportementales et nos étroitesses mentales en tension posturale. Alchimie masochiste…
Que resterait-il si j’enlevais ces tensions, une à une, avec attention, 
Comme on retire les épines d’un visage d’enfant?
Qui resterait-il? 
Avec douceur, démanteler l’édifice des peurs. Et voir.

Franck Joseph

articles en lien :
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©FJ luillet 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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