La ‘Simple’ Assise: Une Bonne Blague!

Qu’est ce qu’une ‘bonne blague’?

C’est avant tout une blague: une situation, une expression drôle, qui nous a joué un bon tour, dans laquelle on a été bien eu.
Elle est bonne, car elle est efficace. Ou elle est bonne parce qu’elle nous fait du bien, qu’elle est bonne… pour nous.

La simple assise, simplement s’asseoir, shikantaza.…c’est une bonne blague.
La meilleure de toutes.

C’est l’histoire d’un gars, qui, à la faveur  d’un jour d’automne, décide de pousser la porte d’un lieu lugubre appelé dojo. Des ombres noires défilent devant lui. N’écoutant pas son instinct de fuite, il pénètre plus avant dans la salle de pratique.
Idée saugrenue, certes, mais les cafés sont chers par les temps qui courent. Et dehors, il pleut.  Après quelques rugueuses consignes, le voilà tout tordu sur un coussin noir. Une femme arrive, fourbe, et par derrière lui dit que ce qu’il pratique est connu sous le nom de ‘simple assise’.
Fin.

Tout d’abord quiconque a vraiment essayé de s’asseoir face au mur un jour dans sa vie, voit dix mille qualificatifs passer au travers de son esprit- ou plutôt au travers du peu d’espace que son esprit lui laisse pour voir passer les choses.

Parmi ces qualificatifs, celui de ‘simple’ est de loin le moins évident.
Aux oreilles des méditants, débutants et chevronnés, cet adjectif est un sarcasme, un persiflage de vieux sage (singe) qui rit aux éclats en voyant le sérieux des visages, l’ardeur de leurs efforts, la ténacité des résistances physiques ou le caractère grandiose des projections dont cet assise se fait le réceptacle.

C’est une forme d’humour à peu près équivalente à celle qui consiste à dire qu’un chien écrasé par un camion puis projeté du haut d’une falaise vertigineuse est ‘un petit peu’ mort.

‘Simple’ dans ‘simple assise’ est un euphémisme cruel.
Une blague abyssale….

…mais bonne.

Ce terme frustrant pour qui s’obstine sur les voies âpres de la vertu méditative est aussi une clé.
L’assise est simple. Incroyablement simple. Bien en amont de toutes nos projections, nos attentes, et absolument désindexée de la densité de notre fonctionnement psychologique ou de la vitesse à laquelle fusent nos élucubrations labyrinthiques.

Sans artifices, sans techniques, sans attitudes, un chemin que l’on connaît tellement qu’on ne l’emprunte même plus. C’est pourtant celui qui mène à la maison. Mais qu’a-t-on donc été chercher si loin?

Simple comme une réponse mathématique instinctive,
Comme la beauté ineffable d’un paysage.
Simple comme le bonheur direct qui nous agrippe par surprise quand on s’y attend le moins.
Un soleil qui miroite et crépite à la surface de l’eau.
Des gens qui vivent autour de vous et au travers de vous.
Un sourire qui naît pour rien,
Une bonne blague à soi-même, et c’est l’univers entier qui sourit.

Franck

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