Ô Mort (Drame Autocentré en 3 Actes)

 

Les âmes amies
Meurent injustement
Les fleuves de tristesse les emportent
Et nous laissent sur les berges.

Les gens meurent,
C’est comme ça.
Avec la rosée de matin, 
Par paquets de mille.

 

Ce qui affecte tant les cœurs à la perte d’un être aimé, c’est la perte d’un pan de notre identité. L’histoire de vie que nous avons partagée disparaît brutalement, laissant simplement quelques souvenirs subjectifs.
Nous nous accrochons à ces bribes d’instants partagés, à ces années de vie commune, parallèle. Plus le temps qui nous sépare de cette mort s’accroît et plus nous avons tendance à l’idéalisation de ces instants et de leur impact.

Un éboulement de falaise, brutal ou attendu se produit sous nos pieds et emporte avec lui ce que nous étions. Une personne proche ou familière qui disparaît, c’est aussi tout un historique psychologique qui s’effondre. Identification ou opposition, nous sommes devenus ce que nous pensons être par notre interaction (ou notre non- interaction) avec cette personne. Avec elle, ce sont tous ces grumeaux de nous mêmes qui se dissolvent.

1: Je reste là
2: Je vais mourir aussi
3: (ah non, en fait) Je meurs déjà

Ce n’est pas tant la mort d’une personne chère qui nous attriste, ou qui constitue un miroir tendu à notre propre mort un peu plus loin sur le chemin.
Ce qui nous transperce, c’est l’avant-goût de disparition que ces morts permettent par l’ébranlement de nos structures que l’on a consolidées tout au long de notre vie, en rejouant mentalement les scénarios personnels–auto-mythes fondateurs.
Avec leur mort, nous commençons à mourir.

Si l’on change d’échelle, que l’on observe la mort à l’échelle d’une ville, d’un pays, de la planète, de l’univers…. C’est une danse éternelle. Une respiration qui permet la vie.
La non-mort serait une aberration cosmique.
Une glissade éternelle à la surface de son être. Un surf d’écume bruyant et disgracieux.
Un éclat d’arrogance, à mourir de rire…

Depuis toujours,

Les gens meurent,
C’est comme ça.
Avec la rosée de matin, 
Par paquets de mille.

Franck

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