Jours Blancs et Nuits Noires

La voyez-vous?
Bien sûr que non. Car elle est seule. Quand bien même vous seriez allongés à ses côtés, vous ne la verriez pas.
Tant que derrière son rire vous n’entendez pas les tonneaux de larmes craquer, prêts à rompre, n’essayez pas de la voir. Ce serait encore pire.

Elle, vous voit.
Allongée dans son lit sans dormir. C’est irréductiblement bête.
Bête comme être à table sans manger,
Comme se baigner dans une baignoire vide.
Comme retenir son souffle hors de l’eau.

Sans aucun doute, vous la voyez le jour, entre deux nuits blanches, et vous l’appelez ‘nonchalante, inutile, triste et transparente’.

Allongée la nuit, le temps passe et ne la répare pas.
L’épuisement total lui a appris que le jour passe sans elle. Cette sagesse, celui qui dort profondément et se réveille quand il faut, l’ignore. Il croit que c’est l’action qu’il mène, les gestes qu’il fait qui lui valent le droit d’aller se coucher à nouveau, fier comme un guerrier.

Elle, sait qu’il n’en est rien. La fatigue du jour lui apprend à voir passer le temps, à voir passer la vie, sans elle.
Présente et absente. Plus absente que présente.

La nuit, impossible de s’absenter dans le monde du sommeil.
Le jour, impossible d’être présente dans le monde du réveil.

A vivre dans l’absence, les choses du jour finissent par ne pas être si graves.
Laisser le jour passer est une douce contemplation, une sagesse déguisée, pour qui recule un peu et respire doucement.
L’obligation de présence à la nuit est un enseignement abrupt et radical. Le lit est le dernier retranchement, alors où se cacher?

Où se cacher quand l’ensemble des paroles entendues remonte à la surface et se mélange aux centaines de milliers de mots lus? Quels chemins de traverse reste-t-il à emprunter quand les visages croisés hier, il y vingt ans, quand les gens-avenir tournoient tous ensemble, draps dessus, draps dessous?

Le photographie instantanée, celle qui figerait l’ensemble en un tout cohérent et tomberait au sol, comme on tombe endormi, n’arrive jamais.
Quelque chose dans le mélange des liquides… Et puis comment laisser la lumière imprimer le papier quand il fait nuit noire au cœur de la nuit blanche?

Les yeux obturateurs restent ouverts derrière les paupières.
Les phares défilent et les fils de feux colorés s’entremêlent.
Peut-être le tissus que ces visages et ces mots tissent est-il trop complexe pour y déceler un motif de si près?
Peut-être l’incohérence est-elle une myopie?

Ce qui se déroule alors sous ses yeux clos ne doit pas être saisi. Le travail serait de ne pas chercher à tisser, à photographier.
Presser le déclencheur dans le vide, sans que jamais aucune photo ne sorte, donne envie de pleurer. De fatigue, d’épuisement, de rage.
L’engorgement cognitif, le bouchon émotionnel, le cœur serré, le cœur qui claque les parois des artères. La nuit épuise.

 

 

Franck

 

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