Le Thérapeutologue.

Frotter ses mains, faire la boule d’énergie. Check.
Visualiser la fluidité, les bonnes valeurs, les objectifs accomplis. OK.
Vouloir aider, se découvrir thérapeute. C’est bon.
Lire, tout lire, des articles, des forums, des livres. Ça y est.
Voir, tout voir, les gens qu’il faut, ceux dont on parle, des vidéos. Quasiment.
Mémoriser un protocole. Allez, deux protocoles. Yes.

Et puis, et puis…en digne membre du cheptel Bien-Etre, « poser des actes »:
Se faire certifier, diplômer…reconnaître. A grands frais, à peu d’efforts, être reconnu.
Enfin, parler, se comporter, se vêtir comme les gens qui voient, lisent, veulent, mémorisent et frottent leurs mains.
Etre reconnu, se présenter socialement si possible par un titre en « peute » ou en « logue ».
Check, re-check, et encore check.

Y croire. Y croire plus fort. Douter. Et puis comprendre.

Cette séquence est une stratégie du désespoir.
Le désespoir est celui que l’on lit au fond des yeux de ces gens qui assènent en boucle leurs argumentaires; ils s’hypnotisent comme un mauvais vendeur de voiture, contraint de faire son chiffre face aux jeunes recrues dans la meute commerciale.

Arrive, tôt ou tard, frontale ou progressive, la douleur de l’échec répété.
Quand le dérivatif est à dériver, commence la dérive du radeau.
Quand le lieu de fuite devient prison, c’est une cavale sans fin.

Que se passe-t-il? Qu’est-ce qui remplit les écoles, les séminaires, les feuilles de présence des organismes de formations?
Qu’est-ce qui fait enfler les égos des praticiens et les poches des formateurs?

Et…pourquoi la certification ne fait pas le thérapeute?

Cantique du quantique:

« Comme ça, on pourra libérer votre énergie enfouie, et relâcher les tensions cellulaires engrammées au niveau quantique »

Cette phrase incantatoire, entendue dans la vraie vie, est représentative de la composante sectaire propre aux excités de tous poils.
A force de mixer les traditions éloignées, de saupoudrer de lectures aléatoires et faciles, d’agrémenter le tout de rencontres de gens dont on pense qu’en adhérant aux discours qu’il tiennent, on pourra prétendre à la vie–fantasmée– qu’ils reflètent…
…On arrive à une sauce indigeste. Transparente, vide de goût. Insupportable à l’estomac, elle s’insinue pourtant et enfante chez celui qui la boit des mots convenus.

Ces mantras collectifs, low-cost, répétés ad infinitum, relèvent de lauto-conviction,
Ultime tentative, dernier recours, désespérance.
La volonté de prouver son appartenance au groupe. L’instinct des aspirants thérapeutes pousse à l’emploi de ces mots clés.
Quantique, cellulaire, mémoires profondes, vibrations, prise de conscience…

Idem pour la version comportementale de ces mantras: manifestations grandiloquentes des libérations émotionnelles, pleurs, cris…
Employer les mots-clés, avoir tel ou tel comportement, façon de placer les mains, protocole, n’implique pas toujours que l’on ait intégré en profondeur ces mots, que l’on est capable de présence. Si l’on reproduit par automatisme… on est dans le simulacre, le rituel stérile.
Quelle est la part du simulacre?
Le simulacre se vend mieux que l’original.

Du courage et de la réalité.

Le recours aux pratiques thérapeutiques alternatives, douces, parallèles, est surtout un exercice de conscience, une aptitude de présence. Elles impliquent que celui qui prodigue un soin ait accès à une certaine perspective lui permettant d’exprimer cette qualité de conscience. Appelons -la « sagesse ». Ce terme a une consonance désuète et ne risque donc pas d’être récupéré ou marchandisé.
L’erreur est de penser que ces capacités s’acquièrent au cours d’une certification, alors qu’elles sont la résultante d’un état d’être qui s’acquiert au cours de la vie.
Par dessus ce pré-requis la certification peut fournir un cadre purement technique. Pourquoi pas…

En revanche, se connaître, être praticien de soi-même. Savoir être seul avec soi suffisamment longtemps pour y observer les stratégies grossières qui poussent à signer ici, être là, parler comme-ci, masser comme ça. Ne pas être dans l’enfouissement, la dissimulation.
C’est quand on en a le plus besoin qu’on est le moins apte à le réaliser.

Le propos ici n’est pas de critiquer le fond, mais de créer l’impulsion permettant de garder les yeux ouverts afin de déterminer la légitimité des interlocuteurs qui se mettent en bouche les mots des autres.

Leur logique est sectaire. Elle n’est pourtant pas éloignée de celle que l’on trouve dans les religions établies. Les mots-clés à utiliser absolument pour faire partie du clan. Comme on coche des items: Tu es croyant si tu crois à ceci, cela, et encore ça. A force d’employer les mots, et les comportements des autres, on finit par y croire aussi, presque malgré soi.
Et toujours malgré soi…

Il en va de même avec des conséquences bien moindres dans le cas de l’artiste que tout le monde écoute, l’émission que tout le monde regarde. Une fois que l’on est face à soi-même, a-t-on l’honnêteté et l’indépendance de reconnaître que finalement, cette musique est laide et cette émission stupide?

De thérapleutre à thérapeute:

Le thérapleutre est un hippopotame qui a parcouru cent plaines et forets, traversé les rivières, fui les braconniers.
Épuisé, il a cherché à reprendre sa respiration et s’est caché derrière un petit arbuste aux feuilles de mousses et aux fruits sucrés… L’arbre du bien-être.
Reprenant bruyamment sa respiration, il se dit:
-« Voilà, ici au moins, personne ne me voit. »
C’est très drôle et très triste.

Et c’est aussi une grande opportunité, s’il ne s’obstine pas, s’il est à l’écoute de son fonctionnement, s’il est aidé ou s’il lit ces lignes.
Il peut réaliser qu’il ne trompe finalement personne, si ce n’est lui-même. Il affrontera cette conclusion amère:
Qui peut-il aider à être au monde, s’il n’y est pas, s’il est caché, même grossièrement?
Deux aveugles et un trou. Vous connaissez l’histoire.

Il sera alors le premier récipiendaire de sa compassion réelle en ne s’infligeant pas de jugement acerbe suite à ce constat. Au prix de la réalité, il deviendra son propre thérapeute. Et de là, il n’aura que faire de tel ou tel titre, honneur, formation, prétention.
Avant de penser à un nouveau métier opportun, il agira le long des chemins de sa vie.

Arrivé plus loin sur le chemin on peut se retourner et aider les autres, ce n’est pas une décision, une démarche ou une nouvelle orientation professionnelle. C’est un déroulement naturel, automatique.

Aider les autres pour prétendre être plus loin sur le chemin, c’est la position de certains ‘thérapeutes’ qui cachent leur propre nécessité de travailler sur eux mêmes par ce positionnement illusoire. Etre thérapeute est dans ce cas le pire des positionnements. Mieux vaudrait alors ne pas croiser leur route.

Franck

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