-‘Se détendre’… Cette expression est en elle-même source de confusion et de limites.
‘Il faut se détendre’, ‘détends-toi’…
Peut-on vraiment ‘se’ détendre? Qu’est-ce que la volonté vient faire ici?
Elle nous trompe et nous fait perdre notre temps. Si je veux me détendre, j’ajoute de la tension aux tensions présentes. Ce que l’on peut faire, c’est se laisser détendre.
S’étendre sur les souffles d’un vent favorable et se laisser détendre.
Le souffle des vents qui circulent en nous ne nous appartient pas.
-‘Détendre’….Dé-tendre: c’est revenir à un état antérieur où une moindre tension était présente. Ce qui est restrictif et nous pousse à raisonner en terme de seuil.
Relaxer, relâcher… non pas jusqu’au point de détente que l’on connaissait avant que la tension ne se forme, mais au delà.
Relâcher au delà de ce seuil de mémoire que nous avons assimilé à la relaxation.
Il est possible de trouver un état de paix de l’autre coté de cette barrière sur le terrain.
Nous n’avions jamais été aussi loin.
Pourtant, un champ d’expérience se situe par delà cette limite mémorielle.
C’est histoire de capacité à la relaxation. Mais pas seulement.
Il s’agit aussi de pouvoir faire preuve de confiance dans cette réalité qu’est l’Etat de Paix fraîchement humé, ainsi que dans notre capacité à l’arpenter, à le découvrir.
Egalement, c’est affaire de courage. Une fois que je quitte les repères mémorisés et intégrés comme les limites de ma sphère d’expérience, alors je deviens beaucoup pus large et mes contours sont à redéfinir. Entre la perte des repères et l’acceptation des nouvelles marques je suis flottant. Incroyablement vivant aussi.
Je gomme les traits qui esquissaient un dessin, pour qu’une nouvelle version s’y substitue. Pendant ce temps de latence, où est le dessin? Y-a-t-il autre chose que la feuille blanche?
Enfin, il faut accepter de ne pas maîtriser directement l’atterrissage. C’est à dire que si je me détends plus avant que je n’ai jamais pu le faire jusqu’alors, je dois reconnaître que je ne peux pas contrôler les imbrications subtiles de ces mécanismes de relaxation. Au sein de cette acceptation de non-contrôle peuvent s’initier les dénouements des liens stressés. A perte de vue, les fils se délient.
En détendant telle partie précise de l’épaule, par exemple, ne serai-ce que légèrement au delà de ce que j’ai pu expérimenter par le passé, je laisse la voie libre pour que s’embrayent les engrenages muscles-tendons-ligaments-os, pour que les aponévroses s’étendent en confiance, que les jeux de liquides s’harmonisent, que les barrages psychologiques s’effritent et que les articulations se fluidifient, que les énergies subtiles circulent et irriguent à nouveaux des territoires desséchés.
Il est surprenant de constater que, lorsqu’une telle redéfinition des contours se produit, ce n’est pas du fait de notre volonté, mais par surprise. L’occasion se présente en dépit de tout contexte, et nous la saisissons avant même qu’ait pu s’opérer un processus mental de prise de décision. Ainsi, nous nous retrouvons spectateurs de nos découvertes, témoin de notre expérience.
La danse des éléments qui a permis la maturation des énergies, de telle sorte que l’occasion se soit présentée, est infiniment au dessus de tout ce que nous pensons pouvoir contrôler… inutile alors de s’échiner à mettre en place des protocoles générant une violence contextuelle, visant à inciter la réalisation de telle effet relaxant. Si telle est notre démarche, alors nous sommes des prestidigitateurs de cabarets, nous détournons l’attention par des artifices habiles. Mais notre magie est factice, contraints que nous sommes à devoir la simuler sur scène.
C’est moquer la beauté, ignorer la transcendance, se croire trop puissants.
C’est créer des tensions qui ajoutent aux tensions présentes.
Un jour ou l’autre,
Il faut que les tensions s’apaisent,
Que les luttes s’épuisent,
Pour qu’à nouveau la paix se puise
Au cœur de l’être indéfinissable.
Franck – https://www.ecouterlesilence.com/blog

Je ne trouve jamais les mots pour exprimer ce que tes textes (m’)inspirent …
J’aime vraiment ce regard que tu portes sur ce besoin impérieux qu’ont les autres à attendre de nous qu’on se « détende », pour peu que ce qu’on exprime (en conscience ou non) les renvoient à leurs propres maux …et qu’il nous revient alors des les calmer, par cette fameuse détente/relaxation tant convoitée, idéalisée peut-être et dont on ignore bien souvent la mécanique.
Un grand merci pour ce texte, je me permets de le partager à mon tour.
Bien à toi,
Loïc A.
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pas mieux…en fait, ça tenait en trois lignes.
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