Etre affecté par le comportement de l’autre…
Je suis affecté par le comportement de l’autre.
Existe-t-il, dans tous les mondes quelqu’un qui ne se reconnait pas dans cette affirmation?
Etat de fait inhérent à notre interconnexion en tant qu’êtres, me direz-vous.
Même s’il existe une gamme infinie d’interactions possibles, avec des nuances souvent délicieuses, l’ensemble des expériences de frottement à l’autre se tient en deux pôles.
Agréable et douloureux.
Sur le pôle où se décline la douceur, l’enthousiasme et le rire, nul besoin de s’attarder vraiment.
Parlons plutôt de souffrance.
Quand la friction avec autrui génère de la souffrance.
Une parole projetée hors de ces lèvres nous découpe littéralement le cœur.
Aucune préparation, aucune protection.
Si nous analysons de plus près, la dynamique de la souffrance ressentie relève généralement du choix: je choisis de souffrir.
C’est un processus décisionnel inconscient qui s’opère à une vitesse incroyable, d’autant plus élevée que l’association entre le ressenti et la gestion de ce ressenti s’est opérée de manière répétée au travers des années de notre existence.
1: Je reçois les mots douloureux
2: Ils me blessent
3: Je me baigne dans la mare de souffrance et je me dis que: 2, puis 3, puis 2, puis 3….en crescendo…et decrescendo.
Et ce jusqu’au jour où l’autre, par son inélégance, par son ignorance ou son inconséquence, m’affecte comme à l’accoutumée, et après avoir refermé le couvercle comme tant de fois auparavant, je décide de l’ôter et de ne plus laisser macérer la tristesse.
Si je peux faire cela (retirer le couvercle) c’est que j’ai dans les cas précédents, décidé de ne pas le faire.
Inconsciemment, je n’étais pas en mesure d’opérer ce choix salutaire et faisait donc le choix stratégique inverse. celui de rester avec ma souffrance.
Mais quel est donc cet étrange choix qui me conduit sur les routes de la souffrance?
Il n’y a pas que la contradictoire position de victime, la souffrance confortable qui correspond souvent au suivi de la stratégie d »économie psychique la plus rentable, la moins coûteuse.
Je souffre car je trouve un certain avantage au statut de souffrant.
N’étant pas sujet, mais objet, pas acteur mais spectateur, je laisse les décisions se prendre sans y participer.
Décider d’y prendre part, c’est à dire de lever le couvercle pour éventer les fruits nauséabonds d’une cuisson grossière, requiert une injection de conscience…
L’incapacité de conscience à le faire déclenche la série de choix inconscients.
L’accroissement soudain de conscience ouvre les portes de la libération.
Etant objet, devenir sujet. Etant spectateur, devenir acteur.
Alors, vas-y, crie, insulte, tape des poings, claque les portes.
Es-tu seulement capable de voir la maladresse de ta stratégie?
Mais tu n’es pas stupide, tu sais où conduisent ces travers que tu suis.
Aujourd’hui, c’est seul que tu t’y rends, car sur moi, tu n’as plus prise.
Je ne suis plus ton prisonnier. Ta colère ne me prend plus en otage.
Tu es seul dans les murs épais de ta geôle.
Souvent, la violence présente chez l’un induit le jaillissement inattendu d’une parole subite, d’une invective acide.
Cette disruptive saillie est possible car son émetteur est dans un état intérieur suffisamment mûr pour porter au bord de ses lèvres les mots-poignards qui entaillent le cœur.
Il se sent acculé, oppressé et juge pertinent– dans son économie psychique de l’instant– d’attaquer verbalement en lançant une rafale de consonnes aiguisées.
Étrangement, c’est une issue qu’il trouve favorable. Ceci peut paraître surprenant, mais la colère, le sarcasme, l’amertume ou le ressentiment lui sont familiers.
Dans ces états, il se reconnaît. Il sait parfaitement comment évoluer dans ces environnements de tension.
Si en face de lui se trouve un Océan Pacifiste, l’escalade d’inconscience ne peut se mettre en place. L’océan n’est pas affecté lorsque les vents de la colère dispersent le sable.
Franck

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