Politique ou Spirituel?

La communauté d’humains qui cherchent à vivre ensemble, à expérimenter, à partager, à cohabiter, pose très rapidement une question qu’il faut traiter au plus vite, non pas parce qu’elle constitue un problème à régler, mais par ce que notre positionnement relatif colorera profondément l’ensemble de la démarche.

Elle s’applique à toute la gamme disponible des organisations.
Nous l’envisageons dans ces lignes ayant à l’esprit la communauté spirituelle.
Ce terme de communauté spirituelle est ici entendu dans son occurrence la plus large possible, celle de cheminement commun de trajectoires parallèles, d’orientations, d’aspirations rimées, croisées et embrassées.

Voici donc la question considérée. Elle semble porter sur les modalités fonctionnelles.
En réalité, la matière titillée par ce questionnement est bien plus profonde que ce qui mériterait de figurer sur une notice des bonnes pratiques de groupe.
Allons-y:

« Faut-il que tout le monde ait voix au chapitre, c’est-à-dire que chacun ait la possibilité de s’exprimer ? (1)
Ou est-ce préférable de trancher verticalement depuis son poste de référent, sa posture de référence? » (2)

Tout dépend du but, de l’orientation de notre démarche et de l’importance que l’on accorde à cette destination.

 (1) Émergence du dessin

Dans le premier cas, l’écoute est centrale. Au cœur des propos de l’autre, nous faisons une place à la nécessité qu’il a de se dire. Nous lui offrons une opportunité de prendre place.
C’est aussi une possibilité pour lui de réaliser–publiquement et sur l’instant ou de manière privée et différée– à quel point les éléments qui s’expriment à travers lui sont, au regard du chemin, vides d’intérêt.

Sans ce miroir tendu, il se pourrait fort bien qu’il passe sa vie à ignorer telle tendance, telle outrance, telle dépendance.
Le but est l’épanouissement collectif et personnel, par le truchement du jeu politico-democratico-rhétorico-psychologique.
Il s’agit alors d’une fin spirituelle. La politique est un moyen. Les dynamiques d’expression sont un outil qui oeuvre vers une conscience toujours approfondie.
Par le recours au bruit des paroles, c’est bien le silence qui est visé.
Pas forcément un silence ésotérique, mais un silence pragmatique. Le bon sens ultime.
Les jeux de pouvoirs sont alors transcendés.

(2) Prolonger les droites

Dans le second cas, c’est précisément ce moyen qui devient une fin. Il consiste ici à plaquer une façon de faire et d’opérer sur la réalité qui se présente à nous.
Le but poursuivi est l’efficacité, la fluidité dans la reproduction des modèles.

Sans cette modalité opérationnelle, l’organisation (sociale, religieuse, politique, familiale ou ici, spirituelle) court le risque de l’absence de sens historique, soit par rapport aux mouvements qui l’ont précédé et desquels elle émerge, soit par rapport à elle-même. Elle ne serait alors qu’un feu follet, une expression spasmodique teintée d’incohérences.

Que lui importe-t-il après tout ?

Le manque de vision contre lequel nous mettons en garde ici n’est présent que sous le regard du commentateur extérieur.
Bien puéril aussi celui qui croit encore en la gentille linéarité de l’histoire. Bien grossier également…Car l’histoire est une lecture partielle. Toujours.
Elle est la grille de résultats où apparaissent souvent ceux qui crient plus fort que les autres, ceux pour qui rester dans l’histoire importe. (Et qui, dans ces pages, n’importent plus).

Auriez-vous suivi un Jésus politique, un Bouddha syndiqué? Et l’Eglise, me direz-vous ?Et l’organisation de la Sangha?
Si elles sont pensées politiquement, ni l’une ni l’autre ne compte à mes yeux.

Des petits plans d’apothicaires étriqués, où le pouvoir s’organise et se pense à l’avance, où les caporal-chefs pullulent et les cafards obséquieux abondent.

La spiritualité n’est plus si elle ne demeure pas exempte des carriéristes de la formule, de leurs mains qui se frictionnent à la pensée des plans de conquête.

Étrangement, la vraie puissance appartient à celui qui les fuit…

Argumenter en faveur du but politique, c’est croire encore en la nécessité primordiale d’une forme de pérennité de l’organisation.
Les décisions politiques peuvent être pensées comme l’ensemble des dispositions permettant de favoriser la continuité de ce que nous sommes dans le temps (durabilité) et dans l’espace (expansion).

Très précisément le contraire de la voie spirituelle annoncée. Aussi bien sur la forme globale (perdurer, s’étendre) que sur l’ensemble des décisions que cette direction implique, ainsi que sur les sous-produits d’une telle décision (conséquences hiérarchiques, budgétaires, patrimoniales).

Écoutons plutôt celui qui livre des propos mal emballés, des avis inutiles sur des problématiques stériles…

Si, en apparence, il nous faut perdre notre temps, il est l’occasion de devenir non politique, et il nous offre en profondeur la joie qui demeure.

Franck

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