Lettre à Monsieur le Curé

Note préalable:  J’ai récemment été très surpris des remous provoqués par ce texte.
Il ne représente pour leur auteur que le résidu d’une expérience amusée, vécue avec légèreté et amusement, et non une salve acide contre les membres de ces communautés. Ecrit en dix minutes, il ne vaut pas tous les tourments que vous lui prêtez.

De telles réactions restent néanmoins surprenantes.l’expression religieuse chrétienne.
Je vous prie de ne pas revenir vers moi si de tels sentiments vengeurs se font jour en vous à mon encontre…je suis passé à autre chose et vous ne trouveriez pas de contradicteur sérieusement impliqué.
Il est possible que cette page vous concerne: Dois-je passer mon chemin ?

Si votre esprit et libre, fluide et joueur, que vous n’êtes plus gangrené par les questions de chapelles, je vous souhaite une lecture ludique et rafraîchissante.
(C’est avec cet esprit que je décide de ne pas le retirer…)


 

En sortant de l’église que, pour des raisons qui me dépassent, je fréquente en ce jour, il me faut vous écrire.
Le sérieux qui entoure votre institution ainsi que la sensibilité qui est la votre me contraignent à l’avertissement :
L’invective est ludique et la lettre inutile.

C’est pour cela que je vous l’adresse sérieusement.


Monsieur le Curé,

 Je connais votre bonté d’âme et sait pertinemment, que si je m’abstiens de toute mise en forme lors de la rédaction de cette missive, vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Ceci me soulage, car les  formes m’encombrent. D’où mon propos:

Ne voyez ni snobisme, ni jugement, ni condescendance, ni apitoiement de ma part et soyez convaincu de la sincérité qui m’anime et de l’ardeur ininterrompue que j’investis à tenter de comprendre vos atermoiements et gesticulations.

J’éprouve une difficulté certaine à qualifier vos rassemblements communautaires de l’adjectif « spirituel ». Du plus profond de mon être, je le souhaiterais. Soyez-en convaincu, cela me faciliterait considérablement la vie.
Cependant, animé d’une quête d’authenticité farouche, je ne peux que constater, messe après messe, qu’il m’est de plus en plus difficile de trouver une quelconque résonance de cette aspiration dans les évènements que vous persistez à organiser

Les démonstrations émotionnelles que vous pratiquez remplissent une double fonction dont les deux expressions sont liées. Quel homme peut lutter contre l’air du temps ?
C’est justement d’air dont il est question. Par avance, je vous remercie de bien vouloir supporter mes canailleries épistolaires encore quelques lignes, que je vous en entretienne.

Ce déballage est en fait le nouvel emballage que vous proposez à votre solution de vie. Conformément aux dernières tendances en matière de design spirituel, vos équipes marketing ont une fois encore prouvé la pertinence qui les caractérise lorsqu’il s’agit de saisir le sens du vent.

Ce packaging nouveau, en effet, aime l’air et le vent.
Tant sur le fond où l’on brasse allègrement des concepts évidés, que sur la forme: vos fidèles, désormais, agitent les bras d’une manière assez chaotique qui, permettez moi de le souligner, pourrait souffrir d’un regard chorégraphique avisé, ceci dans un but de cohérence esthétique, mais là n’est pas mon objet…

Vos fidèles disais-je lèvent les deux bras. L’espace d’un instant, mu par cette vague des cubitus, je me serais cru au concert d’une starlette adolescente… ou à observer de l’extérieur l’assistance d’une retransmission de match de foot dans un café au moment d’un but…avant de me raviser: j’étais bien à l’église.

Je comprends parfaitement l’intérêt économique de tous ces bras levés: avec les grandes chaleurs, la ventilation d’un tel espace peut se révéler assez coûteuse…Et il serait vraiment idiot de se priver d’autant de pales librement disponibles.

Ces nouvelles manifestations jouent dans un premier temps un rôle ostentatoire, consistant pour les membres du public à apparaître comme les pratiquants ayant l’expérience la plus profonde, la plus bouleversante: lever les bras plus haut, plus souvent, plus longtemps que les autres. agiter la tête de gauche à droite, comme en proie à la plus intime des prises de conscience, avec les sourcils de douleur, en V inversé.

La seconde fonction de cet emballage de printemps est incantatoire: comme si un début de simulation d’expérience parviendrait à convoquer une expérience réelle. Peut-être cette stratégie est-elle porteuse?
Il est vrai que 100% des gagnants ont tenté leur chance.
100% de perdants aussi, d’ailleurs…Et avec la même foi en une issue favorable.

J’attire votre attention sur la composante sociale qui colore ces nouvelles tournures. Je déplore que tant de professionnalisme proclamé vous laisse encore sujet à de tels travers.
C’est le groupe, la communauté et le rassemblement qui magnifie ces deux fonctions (ostentatoire et incantatoire).
Lève-t-on les bras avec la même ferveur lorsqu’on est seul dans sa chambre?
Ou le réseau assure-t-il une meilleure réception des informations divines sans que nous ayons besoin de déplier les antennes ?
Il semble qu’à plusieurs, en tout cas, la transmission soit brouillée ce qui implique que tout le monde y aille de sa petite fourchette pour capter le signal.

De manière plus large, cette gestuelle est vivement encouragée et, lorsque le professeur de maternelle s’y adonne pour accompagner chacune des paroles de la chanson d’une illustration spatiale appropriée, elle rencontre un franc succès auprès des enfants de trois ans.
Mais ce n’est pas parce que nous nommons Dieu ‘notre Père’ qu’il faut pour autant retourner aux balbutiements et aux coloriages.

De manière plus directe : je suis le premier à trouver que le christianisme s’est coupé de l’expression corporelle (a fortiori dans son obédience catholique) mais ces tentatives de réappropriation tardives sont incertaines et ridiculement superficielles.
Il faut bien commencer quelque part, me direz-vous. J’y consens, mais comprenez que cette période de réglages dessert considérablement la profondeur du message que vous prétendez refléter.

Je comprends parfaitement cette volonté de simplicité, ce positionnement en faveur d’une expression spontanée, cette aspiration d’authenticité et je partage avec vous la nécessité d’ancrer ces valeur phares au centre de nos pratiques. La votre, de par les circonvolutions de son évolution historique semble en avoir besoin au moins autant qu’une autre…

Mais ce naufrage dans l’enfantillage ne sert pas ces velléités de pureté. Ces manifestations d’extrémisme pédagogique nuisent à la moelle de votre enseignement. Ces verbiages gâteux enduisent d’une épaisse gelée le cœur de l’enfant qui parle à son père et rendent son propos, pour le moins, inaudible.

Ce cœur pur bat dans la choucroute à la sauce framboise, recette contemporaine dont j’ai récupéré un exemplaire, que voici. Je vous l’expose afin de mettre à jour les pratiques des cuisiniers de vos étables:


Recette de la Sauce

-Concassez, broyez puis prémâchez tout ce qui peut ressembler à une aspérité ou à un quelconque enjeu cognitif, tout ce qui impliquerait une démarche personnelle de l’individu sur le chemin spirituel. Ainsi il restera un fidèle, un nécessiteux, un enfant de vos girons.

-Ajoutez un colorant rose framboise et mélangez le tout jusqu’à obtention d’un bouillie uniforme, sans grumeau, prête à avaler. L’ensemble doit dégouliner de tendresse et de compassion altruiste. Ne cherchez pas la subtilité du goût, vous passeriez à coté de l’énorme potentiel de demande. Nombre de cuisiniers talentueux ont ainsi été renvoyés de nos rangs.

-Servir dans un biberon à l’effigie des idoles du moment (Hello Kitty, Pat’ Patrouille, Tchoupi ou Petit Ours Brun). Une obligation: il faut que le badaud pop/rock s’identifie.

-Reprenez à votre compte le génie publicitaire d’un McDonald’s, « Venez comme vous êtes »… Cela flatte le consommateur tout en grandissant la marque. C’est ce qu’il nous faut. Pillons-donc et affichons-le en sticker sur le produit fini, ou en banderoles sous nos pierres.

-Enfin, n’oubliez jamais: le but est politique.
Appelez-le spirituel, ça fait toujours mieux dans les missels.


Politique, en effet. Je ne vois pas le recueillement, l’expérience spirituelle dans ce qu’elle a de plus simple, de plus accessible ou quotidien. Contrairement à ce que pourrait laisser penser une lecture mal calibrée de ces lignes, je ne fais absolument pas l’apologie d’une quelconque forme d’élitisme dans l’expérience intime de la relation à la transcendance.
J’essaie simplement de démasquer ce qui se plaque vulgairement sur tout embryon d’expérience et inhibe ainsi tout potentiel de développement spirituel.

Et je sais, mon bon monsieur le curé, l’ampleur de votre bienveillance à mon égard et suis convaincu que vous ne m’en tiendrez pas rigueur, ne serait-ce qu’à la vue des milliers d’heures sincères passées à vous subir, à tenter de vous comprendre, à vous apprécier, à vous plaindre, à vous fuir…à vous écrire.

Je ne vois rien de tout cela. Mais un programme politique que l’on déroule en le trempant préalablement dans la sauce choucroute framboise.
Rechercher le consensus avant tout permet en effet de désamorcer en amont tout ce qui pourrait ressembler à une remise en question.
Flatter les citoyens du temple est la manière la plus sûre de s’assurer de leurs votes, de leurs donations, de leur retour en nos murs.
Hé bien quoi ! Il faut que ça tourne, notre affaire.
Qu’ils se sentent aimés, inclus, reconnus.
Ça se passe comme ça, chez Mc Donald’s.

Mais que faîtes-vous alors de leurs âmes profondes, vous qui prétendez en avoir la charge?
Et pire encore, que faîtes-vous de la votre?
Je vois assez en vous pour ne pas vous taxer de cynisme. Il fut des temps obscurs où vous manipuliez avec perfidie et machiavélisme. Aujourd’hui, la machine tourne toute seule. Elle semble s’être adaptée à la bêtise ambiante, tel l’algorithme qui observe et optimise.
Vous aviez, à n’en pas douter, les meilleures intentions du monde et pénétrant dans ces cuisines.
Je pense, et le déplore, que par un froid matin de solitude en pénétrant dans les arrière-cuisines du temple, à l’heure où se cuisine la sauce, vous ne soyez tombé dedans.

Heureusement, comme vous le rappelez en ce jour de Pâques (et c’est une excellente nouvelle!),
Il est vraiment ressuscité.

Franck

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