moi en équilibre

L’équilibre est toujours illusoire.
Comme le zéro de l’abscisse, il est un point d’usage.
On élabore mentalement un point d’équilibre duquel on contemple le monde. On le veut fixe pour compenser le monde mouvant.
Mails il n’est jamais arrêté, et la recherche effrénée de fixité inhibe l’expérience d’un au delà des chamboulements du mouvant.

Ce point d’équilibre auquel on se cramponne, c’est le moi.
Il est également le produit de l’environnement en mouvement. Le monde tournoie par nature, ce qui n’a de cesse de renforcer notre réflexe de cramponnement : celui de l’enfant qui se cramponne au guidon de son vélo à roulettes lorsque la vitesse s’accroît. Il devient alors incapable d’appréhender, d’absorber avec fluidité les sinuosités de la route.

Le point depuis lequel nous appréhendons le monde et que nous appelons « moi », n’existe pas.
Même s’il existe en tant que fiction rassurante, il est toujours flottant…
Celui qui se félicitait de la sérénité avec laquelle il arpentait le paysage du matin, est-il encore celui qui, ce soir, s’embourbe dans les sables des terres qu’il pensait planes et prévisibles ?
Et celui ? et celui ?

Puisqu’il est tout cela, ces milliers d’êtres successifs, il n’est aucun d’eux vraiment.

Ce point d’équilibre est flottant.
Et chacun de ces points, posés à la suite sur les axes de nos vies, est en relation avec les autres, qu’ils soient contigus ou éloignés.

Différentes histoires, cohérences, ou stratégies se croisent ainsi. Parmi celles que nous sommes à même de percevoir, nous entretenons souvent la partie la plus flatteuse, la courbe qui nous met le plus à l’honneur.

Même s’il existait une cohérence d’ensemble qui apparaîtrait à mesure que l’on s’éloigne des courbes dessinées par les différentes stratégies apparemment contradictoires, elle ne serait qu’illusoire.
Même si, à l’échelle de plusieurs vies, on savait observer les jeux de croisements et de re-croisements, de surcompensations, de décompensations entre les différentes cohérences de ces lignes, alors les courbes n’en seraient pas moins factices.
Lisibles, elle demeureraient pourtant inutiles.

La communication qu’une exégèse savante des différents ‘celuis’ saurait faire apparaître serait toujours un phénomène de surface, sans intérêt pour le regard mi-clos des profondeurs.
Il n’y verrait que gesticulations et élucubrations

dans le placard à balais,
seule pièce où la lumière est allumée
au sein d’une demeure incommensurable,
aux fenêtres ouvertes sur une forêt dense,
où les arbres feuillus se fondent dans le ciel étoilé.

Franck

Textes en lien :

https://mindfulair.wordpress.com/2018/04/03/la-question-de-celui/
https://mindfulair.wordpress.com/2018/01/19/le-temps-de-lepuisement/
https://mindfulair.wordpress.com/2017/12/24/la-grande-occasion/

 

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