Symphonie Biologique

Comment le mental s’est-il retrouvé à la baguette ?
Qui a bien pu lui confier la gestion de l’orchestre ?
A moins qu’il n’ait profité de la brèche et qu’il s’y soit engouffré du fait même de la discrétion des autres musiciens….

Il est vrai que souvent la bêtise ou la méchanceté, lorsqu’elles dépassent les cadres du quotidien et qu’elles déchirent violemment la douceur, l’intelligence ou le savoir vivre de l’instant, s’imposent et règnent, profitant de la consternation devant tant d’outrance inhabituelle.

De la même manière qu’un débiteur chronique remboursera en priorité le créancier le plus intimidant, ou que l’on aura toujours tendance à penser que la plus grosse voiture est la plus puissante (biais de proéminence), toutes nos fonctions biologiques, laissées sans surveillance, auront tendance à s’indexer sur le mental.

Elles se laissent emporter par les vents cognitifs, et s’orientent dans les directions vers lesquelles ils soufflent le plus fort.
Un courant d’air plus vigoureux les aspire soudain et elles tourbillonnent ainsi, en sur-régime.
Le cœur s’emballe et personne ne le rappelle à la tranquillité.
Les pensées tournoient en course folle, sans même imaginer se poser sur le bas coté.
Les aliments déferlent dans l’estomac, puis ruissellent en molécules grossières, sans que l’on s’aperçoive du gâchis énergétique.

Si personne n’y prête gare, ces fonctions s’épuiseront et rentreront dans une danse morbide d’inter-compensation.
Il faut parfois pointer l’idiot du doigt, nommer l’ignominie, ou clouer soi-même le panneau au front de l’abruti tout puissant.

Par la méditation, ces fonctions cardiaques, digestives, ces secrétions diverses, et par effet de boucle vertueuse, les fonctions cognitives, gagnent en acuité.
Elles accroissent la pertinence de leur discrimination, de leur discernement et peuvent mettre en musique la partition écrite pour elles depuis la nuit des temps.

Progressivement, elles deviennent de plus en plus aptes à s’indexer sur des harmoniques plus profondes que celles fournies par le mental.
Le principal antagonisme qu’elles rencontrent dans cette démarche de sagacité sage, est l’addiction pour les tourbillons qu’elle sont susceptibles d’avoir contractée.

Au niveau de l’individu mélomane standard, s’il ne lui est jamais donné d’écouter autre chose que les amoncellement radiophoniques gluants, il finira par penser qu’il s’agit là de la seule modalité qui soit et ne concevra pas de possible alternative au bruit commercial.
Il apprendra alors à se satisfaire des comportements pré-moulés pour lui dans les atmosphères sonores à fort potentiel d’identification, ou des paroles balbutiées dans le sens opportun pour celui qui valide leur diffusion.
Au sein de cet espace étriqué qu’il appellera ‘liberté’, il en viendra à avoir ses préférences et croira ainsi s’affirmer.
Aux clochettes du cross merchandising, il répondra par une extension du domaine de l’identité : vêtements, activités, accessoires, diverses ornements d’encre ou de métal, mais aussi intonations, vocabulaires, structures mentales…
Ce mélomaniaque, tout comme le mental, est triste et perdu.

De même, les fonctions de nos corps ont pris l’habitude de se mouler au diktat du mental, et de plier dans un sens ou dans l’autre selon les cris et besoins du tyran. Elles finissent par adhérer aux pulsations psychiques bruyantes, répétitives et effrénées.

Il s’agit de la croyance selon laquelle plus ça va vite, plus c’est la vie.

La méditation permet de prendre confiance en apprivoisant doucement (ou de manière frontale, disruptive) la sérénité des profondeurs.
Alors, le spectre s’élargit et le mental s’apprécie désormais à hauteur de ce qu’il est : une fonction comme une autre, un instrument dans l’orchestre à qui on avait laissé croire que parce qu’il sonnait plus fort que les autres, il avait vocation à devenir le chef d’orchestre.
C’est le cor de chasse qui arrose le flux de l’ensemble jusqu’à créer un tel chaos sonore que plus un seul des instruments n’est à même de distinguer sa partie..

Ne sachant que faire et totalement désorientés par une telle impudence, ils finissent, principalement motivés par un souci de paix à court terme, par se calquer sur les lignes saccadées du cor mental

L’intelligence collective de l’orchestre est de revenir à ce pour quoi il a été initialement réuni.
En l’occurrence, il s’agit de jouer la partition symphonique.
La méditation, c’est revenir à la partition de douceur qui est écrite en nous et réaliser l’équilibre entre l’esprit du compositeur et l’interprétation des musiciens.
Chacune des fonctions peut retrouver sa place, et le rythme propre de ces phrases mélodiques qui s’intercalent avec grâce dans l’harmonie d’ensemble.

De temps en temps, le cor de chasse claironne encore.
Juste ce qu’il faut, au moment imparti, et toujours à propos. Puis il retourne à sa portée.

Franck

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