Aller, Retour, Détour ?

J’ai commencé la simple assise avant d’être initié à la simple assise.

Je pense aujourd’hui à cette pratique spontanée. A l’époque, cela ne me semblait pourtant ni être une ‘pratique’, car je ne m’inscrivais dans aucun sillon, ni être ‘spontanée’ : n’ayant aucun sillon dans lequel m’ancrer, cette assise ne pouvait être que spontané, puisque le non-spontané n’était pas.

Ce qui me conduisit alors sur le coussin est perçu, grâce au recul que permet l’axe linéaire de nos vies, comme une urgence mature, ne pouvant plus ne pas se manifester, tant ce processus de maturation avait été initié depuis longtemps et ne pouvait en cet instant déboucher que sur l’éclosion de l’assise.

Avant de faire zazen, ce que je faisais était zazen.
Après avoir fait zazen, ai-je une seule fois fait zazen ?

A tartiner de dix mille couches la galette de pain, la pâte cuite n’a plus grand chose à voir avec du pain.
Bien sûr, c’est le propre de l’âme nostalgique que de colorer le passé des pigments qui lui faisaient défaut, et que seul le passage du temps sait découvrir à notre regard.
Et pourtant, nous le savons maintenant, tout retour par voie cognitive dans le temps d’antan est illusoire. Au mieux, par cette remémoration plastique, j’opère un rééquilibrage émotionnel de fortune.

Simple Assise

Cependant, avant le cadre, bien que (parce que?) sans confiance, mon assise était plus assise et ma simplicité plus simple.

Je vois tellement de complexité dans la simple assise.

Cette simplicité affichée en fait le parfait réceptacle de toutes les projections des pratiquants, leurs obsessions, leurs frustrations, toutes se cultivant sur le coussin.
C’est d’ailleurs, le mécanisme de fonctionnement de base de cette pratique. Parce qu’elle est simple, elle reçoit les projections mentales de nos fonctionnements personnels et collectifs.
Mais le point de bascule, où l’obsession cesse d’obséder n’advient pas et demeure un point de fuite, un fugitif, de planque en planque de livre en livre, de maître en maître.

Les rigidités contextuelles me font silencieusement hurler de rire.
Emportés par les rafales de la vie, les voilà qui se cramponnent à leurs propres habits et se croient à l’abri.
Si le premier petit cochon avait mis trois tonnes de paille, sa maison eut elle été plus résistante ou plus exposée aux feux de la foret ?
Aussi, les concepts peuvent s’empiler, s’enchaîner à longueur de kilomètres de mots, de pages et conférences, de kusen, ce ne sont toujours que des concepts.

Et bien crédules les petits cochons qui se croient protégés derrière leur bibliothèque, leurs rites, et leurs pratiques pittoresques.

Pour aller au delà, il faut se tenir en deçà.
Pour aller au delà, il faut passer au dedans.
Revenir en deçà, 
C’est aller au delà.

Franck

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