Où la Brume est Brume

L’attachement aux pensées est une habitude tenace, à n’en pas douter.
Cependant, ce n’est pas tout. C’est aussi par habitude que nous avons tendance à croire que cet attachement aux pensées est la source du problème.

Chaque jour, chaque heure, chaque minute même, est l’occasion de constater à quel point le combat est déséquilibré entre :
-A ma gauche, le petit être qui fait tout ce qu’il peut, enfile les heures de méditation, les livres sur ses étagères, les rencontres ronflantes, les déconvenues sur lui-même, et
-A ma droite, l’œil confiant, la posture conquérante, intrépides, souples, fourbes, et sans protège-dents s’il vous plaît : les pensées.
Victoire par K.O. assurée.

A moins que le petit être, lors d’un placage au sol, ne décide de rouler sous les cordes du ring, histoire de voir ce qui s’y passe…


Comment ne pas y être attaché quand ces pensées constituent le socle sur lequel repose toute notre expérience intérieure ?
La matière épaisse et collante de notre vie psychique semble tout emplir de sa boue d’orage.

L’attachement aux pensées par habitude est non familiarité de la non-pensée par ignorance.

Placardons au siècle dernier, certaines réalités actuelles.
Années 1900 : pas de télé, ni mass média, peu de tourisme…
J’habite en plein cœur de la France pendant plusieurs dizaines d’années. Je suis français, comme l’ensemble des gens qui m’entourent.
J’ai peut être entendu parler des gens venus d’un autre pays, parlant une autre langue que la mienne, mais la confrontation à cette langue n’ayant jamais eu lieu, tout ce que je peux en lire ou ce que les gens plus âgés peuvent m’en dire, n’a pas de réalité pour moi. Au mieux, je peux devenir familier de « ce que l’on peut savoir sur cette langue étrangère », ou balbutier quelques phrases usuelles qui me feront briller le temps d’un toast porté.
Mais cela n’a absolument rien à voir avec la rencontre frontale et inattendue avec un locuteur natif de la langue des gens de l’autre coté de la frontière.

Avant cette rencontre, mon modèle était uniquement fondé sur ma langue natale. Et je ne peux imaginer qu’il existe un mode d’expression étant différent de celui ci. Je ne conçois simplement pas que l’on puisse parler une autre langue sans cesser de réfléchir, de pouvoir exprimer mes émotions.
Par ignorance, je le crains, pensant que l’ensemble de mon contenu psychique se disloquera sans ce support familier.

Il est pourtant possible de remonter encore d’un cran dans l’observation de la chaîne des conséquences. C’est l’absence de foi qui crée l’attachement aux pensées.
Selon les cas, ce sera l’habitude, la peur ou l’incapacité à envisager un autre mode d’être  qui engendrera l’attachement.
C’est ici que la foi propose l’élan-réponse à l’un ou l’autre de ces errements.

Foi dans quoi ?

Foi dans la possibilité d’exister, de faire l’expérience de conscience en dehors du flux des pensées. Celui-ci est inclus, embrassé par la largeur de notre regard.
(voir Tu es une Famille )
La foi est aussi un processus qu’il est nécessaire d’alimenter tant que l’on a pas perçu un début de rivage.
De la même manière qu’à bord d’une barque dans le brouillard, alors même que l’on ne peut encore deviner la berge, et qu’en dehors de notre instinct, rien ne nous indique que nous nous orientons dans la bonne direction, il faut ramer, agiter les bouts de bois pour que la barque continue d’avancer.
Lorsque l’on aperçoit enfin ce qui constitue l’autre berge, on sait que les coups de rame étaient bien orientés.

Et à mesure que l’on tâte du bout du pied la stabilité de la rive fraîchement atteinte,
D’où l’on observe le passage des pensées de brume,
La foi s’estompe en sérénité.
Alors la brume est brume.

Franck

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