(Go Slow) Vivre Lentement, Vivre Vraiment

Consommation et vitesse sont en réalité les deux facettes d’un même mouvement intérieur.
Saurez-vous le constater ?

L’habitude ces temps-ci est de faire défiler rapidement le paysage de sa vie.

Toujours, autour de moi, le paysage de ma vie. J’ai la liberté de le faire défiler plus ou moins rapidement, selon trois facteurs.

Tout d’abord, le plus évident: le moyen de déplacement que j’utilise. En vélo, en voiture, en courant, en marchant, l’expérience du monde est incroyablement différente. Que nos vies privilégient tel ou tel moyen de déplacement et notre existence sera entièrement affectée.

Le second facteur est celui de mes mouvement oculaires. Cela apparaît peut-être saugrenu, mais cet élément est primordial de par son statut de porte battante entre le monde intérieur et extérieur. Ici, la référence aux yeux est de type métonymique. En réalité je parle des sens, mais privilégie la vue car nous avons un moyen d’action physique, musculaire sur nos yeux. Nous pouvons en accélérer la cadence (ce que nous faisons spontanément lorsque nous sommes stressés). Il est plus délicat de changer sa rapidité d’écoute, ou de ne pas sentir ce que l’on sent….

Plus nos mouvements oculaires sont nerveux, plus le paysage s’accélérera. Ce mouvement de mes yeux est le reflet de mon état intérieur, et de lui également dépend l’expérience du réel.

Le troisième facteur est mon état mental, la manière avec laquelle je reçois le paysage de ma vie (Dans la tradition bouddhiste, celui-ci est usuellement comptabilisé parmi les sens, ce qui n’est pas toujours évident pour nous occidentaux. Par la pratique méditative, cependant, il devient évident de reconnaître la forte de relation entre cette saisie mentale et les 5 sens).

Il y a une forte imbrication et un effet d’entraînement certain entre ces trois facteurs:
Pour ralentir le paysage, je dispose donc de trois portes d’entrées, l’une extérieure (moyen de déplacement), l’autre intérieure (mon état de conscience), et une intermédiaire : mes mouvements oculaires.

Quel que soit l’élément sur lequel je décide d’influer, il modifiera les deux autres, avec un temps d’adaptation plus ou moins long selon que l’on ait ou non l’habitude de l’exercice.

Observons les liens entre mon action sur le défilement du paysage dont nous avons parlé jusqu’ici et mon rapport à la consommation.
Consommation souvent effrénée donc sans borne, s’appliquant aussi bien aux produits services qu’à la sphère relationnel, souvent perçue comme un rayon au sein duquel je prends ce dont j’ai besoin et repose ce qui ne me convient pas.

Avec l’accroissement de la vitesse que je constate, ou sa décélération, mon impulsion à consommer se voit également altérée. Pas comme une conséquence secondaire, mais comme un effet direct se produisant simultanément, dans un même mouvement.

Avec l’accroissement de la vitesse du paysage de ma vie, j’observe une qualité de conscience décroissante. Précisément, cette absence de conscience se manifeste dans l’impulsion à consommer.
Simplement, nous pouvons noter que vitesse accrue = propension à consommer.
Ou expérience au travers d’une faible qualité de conscience = Vitesse accrue.
(Ainsi, nous parvenons à un jeu d’égalité de type A=B, B=C, A=C)

Ce critère de vitesse a ceci d’intéressant qu’il mélange temps et espace.
Si mes souvenirs sont corrects, vitesse = distance /temps…Les deux éléments par lesquels la vitesse se définit peuvent être alors envisagés de part et d’autre, pour exprimer la notion de vitesse sous deux perspectives.

Ainsi, sous l’axe du temps, la vitesse réduit la durée nécessaire à l’acte d’achat, en compressant toujours le temps.
Typiquement : aller acheter en voiture, pour pouvoir acheter davantage (présence d’un coffre et non-nécessité de porter les produits), et être rentré plus vite.
Mais plus vite pour faire quoi ?
Non pas comme on pourrait le croire, d’un point de vue théorique, souvent avancé par les fervents défenseurs du progrès, consistant à penser que le temps ainsi épargné pourra être consacré à l’épanouissement culturel, à la pratique spirituelle ou au daydreaming, rêveries solitaires du promeneur.
Le temps ainsi gagné (?) sera toujours définit par le rythme de la tranche temporelle passée à le gagner: saccadée, brutale, chaotique…en un mot, non-consciente.
Il sera alors consacré à d’autres actions, toutes aussi frénétiques et caractérisée par la même faible qualité de conscience.

Observé maintenant sous son axe spatial, Le rythme est une notion dont les amateurs de prise de vue photographique sont familiers.
Elle est l’un des éléments constitutifs d’une prise de vue réussie. Dans ce contexte spatial, la définition du rythme reste pourtant compréhensible en dehors des cercles de photographes : il s’agit de la reproduction d’un motif ou des variations sur un motif au sein d’un même espace (dans cet exemple, espace non sonore).

Vacuum horribilis. La nature a horreur du vide.
La vision consumériste aussi. Alors Auchan, Carrefour, Amazon …œuvrent au remplissage visuel et sonore.
Ces deux critères accélérateurs de consommation débridée sont tellement liés que toute amorce d’élagage dans notre paysage domestique (mouvement minimaliste, simplicité volontaire) aura pour effet de rendre ceux qui s’y essaient moins perméables aux assauts du « monde de l’offre » (ici, appellation correcte du gavage marketing).

L’espace strictement sonore suit une même logique. Les radios les plus généreuses en publicités excitées sont aussi les meilleures génératrices de bruit :
-Débats contradictoires (bruit d’idées) insolubles et hurlants, rythmes effrénés.
En France, je pense aux stations RMC, Skyrock, Fun Radio, le tout toujours avec l’effet de compression maximal (toujours cette même logique de remplissage du spectre qui vise à étourdir).
En considérant ces liens conscience-consommation, je remarque que c’est toujours la musique d’agressivité que l’on écoutera à volume élevé et la fenêtre ouverte.
C’est toujours le bien de consommation polluant et bariolé que l’on jettera par le carreau de la voiture lancée sur l’autoroute.

Ce n’est jamais Jean-Sébastien Bach qui hurle au feu rouge.
Ce ne sont jamais les pelures de pomme bio qui finissent sur la chaussée.

L’absence de conscience entraîne l’absence de conscience.
La vitesse pousse à la vitesse et avec elle, la non-conscience pousse aux comportements dénués de conscience.
L’ignorance engendre toujours l’ignorance.

Entre les plages de pubs, l’esprit se conditionne par le bruit. Cela devient vite difficilement contrôlable dès lors que s’y mêlent les problématiques d’addiction à ce bruit. Un des freins les plus fréquents que l’on rencontre lors des initiations à la méditation est l’argument de l’angoisse que génère ce silence.
L’aspect positif de cette folle imbrication est qu’elle est tout aussi efficace dans le sens inverse consistant à la faire s’éteindre.

L’esprit d’éveil est cette incroyable graine de conscience qui ensemence imperceptiblement les champs d’ignorance. Ils s’étendaient pourtant à perte de vue.
C’est pourtant là que soudain émerge les premières brindilles de conscience.

Franck Joseph

 


©FJ Jan 2017
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

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