Il y a des mots, comme celui de ‘spiritualité’, qu’il vaudrait mieux ne jamais prononcer ni accoler à d’autres termes, par simple mesure de sécurité.
Lorsque de tels mots éclosent parmi les bribes de langage contemporain, ils perdent en partie leur pouvoir intrinsèque d’évocation, et leur couleur se trouve diluée au milieu des patterns bariolés des champs de la récupération.
Avec le succès numéraire du signifié, on n’échappe pas à la raréfaction (à la putréfaction) du signifiant.
La profondeur de la réalité vers laquelle il pointe est violemment vulgarisée par les mots attenants.
Ainsi, une poésie spirituelle, que serait-elle ?
Ne lui préférerait-on pas l’humilité d’un poème nu ?
Et il en va de même pour une méditation spirituelle.
On croirait voir la mention « allégée » accolée au « beurre fermier », ou le goût « fraise » tamponné sur la boîte d’anti-nauséeux.
Ces mots sont si vrais, si puissants qu’ils apparaissent surtout quand on les tait.
Leur absence, alors, fait briller.
Ainsi existe-t-il une poésie qui ne soit pas spirituelle ?
Tant qu’elle n’est pas spirituelle, la poésie n’est pas de la poésie.
Et qui peut vraiment croire à la méditation laïque.
Tant qu’elle reste froide et technique, la méditation n’est pas de la méditation.
Franck Joseph
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