De l’autre côté de la Solitude

A certaines heures du milieu de l’après-midi, Walter Shelfo était saisi d’un sentiment de tristesse sans fond.
Ce n’était pas un créneau horaire plus propice à la mélancolie que d’autres créneaux adjacents ou opposés sur l’horloge. Il s’avérait que lors de certains après-midis d’été, il prenait conscience de la solitude abyssale qui le constituait.
Rien d’exceptionnel pour qui prête suffisamment attention.

Lorsque ce sentiment passait, comme tous ils passaient, la solitude, elle, restait.
Simplement, elle se dissimulait avec d’autant plus d’efficacité que les heures de la journée gagnaient en densité.
Réciproquement, c’est quand il ne s’affairait plus à combler ses journées et que sa conscience n’entretenait plus de remous en surface qu’elle se laissait à nouveau observer.

Avec cette solitude qui se révélait comme intimement tissée, un cri d’honnêteté sourdait silencieusement. Le besoin impérieux de cesser sans attendre ce mensonge qui consistait à croire, et surtout à faire croire, que la solitude n’était pas.

Risquer l’air de la sincérité après une apnée de mensonge et d’inconscience.
Ce n’est rien de moins qu’une renaissance au monde qui l’attendait.

La nécessité qui traversait Walter en ces instants n’était rien de moins que vitale. La douleur poitrinaire de cette solitude était la contrepartie de la vérité que l’on regardait en face et qui écaille nos vernis, fait craquer nos peintures.
La peau que l’on arrache est le prix à payer pour l’écharde que l’on enlève.
Que rest-t-il encore ?
Beaucoup de prétendants à la reconstruction.
Des marchands du temple, distributeurs d’identités en kit, à compléter, à peaufiner, à substituer.

Lorsque la solitude se révèle dans la radicalité de sa profondeur, ce sont tous les entrepreneurs prétendants qui s’alignent en attente d’un contrat.
La  vérité qui anime la main du prospect ne pourra alors que leur fermer, l’un après l’autre, la porte au nez.

Depuis ces yeux embués, Walter voyait plus clair.
Il pressentait, avec une acuité intime, que les larmes ne sauraient dissiper.
La solitude coronarienne cesserait son emprise à mesure qu’il inspire l’air de la réalité.
Quelque chose attendait de se laisser toucher pour vider tout et remplir à nouveau.

Vider sans douleur,
Emplir sans illusions.

Franck

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Picture : Painting By Stasenko :

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