La Croûte de Simplicité. (Niez, niais !)

Il est certain que, vernis d’une épaisseur de simplicité, le monde était beaucoup plus rassurant.
Les gentils étaient gentils, et les méchants méchants. Les papas étaient solides et les mamans si douces. Koh Lanta était l’aventure, et Nagui était drôle.


L’appel à la simplicité sert en fait à masquer un besoin urgent d’agent opacifiant. « Vite, invoquons notre volonté de simplicité, pour ne pas voir ce qui commence à poindre en nous ».

L’argument du simple présente aussi le mérite de renvoyer l’autre à un culte absurde des circonvolutions qu’il entretiendrait alors que « tout est pourtant si simple ».
En dépit du pouvoir irritant qu’un tel bain de niaiserie détient, il faut également souligner que ce drapage dans le simple est en soi complexité. Il n’a du simple que l’apparence et suit une stratégie d’opacification.
Chaque épaisseur de ce vernis de simplicité rend un peu plus distante, aux yeux des maquilleurs, les ondes de douleur que le réel ne parvient pas à étouffer.

Et qui assure le vernissage pluriquotidien ?
Télévisions, magazines publicitaires avec quelques articles alibis, interactions sociales au cours desquelles on laisse gloussements, lieux communs et jeux de flatteries enduire notre âme d’une épaisseur que l’écorce du réel absorbe rapidement.

Et parce que le bois boit, enduire à nouveau au jour levé il nous faudra.

C’est d’autant plus paradoxal que le fond des cuves de vérité est éminemment simple. Mais entre la simplicité d’une conscience pure et la simplicité d’apparat — outil d’ignorance redoutable, — se cache l’arsenal de la douleur.

Et de solution simpliste en solution simpliste, les gens se vernissent. Le succès de ce processus vient du fait que l’ensemble de ces acteurs de surface poursuivent un intérêt commun : dissimuler artificiellement la souffrance.
Ainsi, c’est mutuellement et collectivement qu’ils s’enduisent et se passent la pommade.
L’intérêt collectif à court terme pour ces barboteurs balbutiants, et d’ostraciser tout élément du groupe susceptible de se faire l’écho des fréquences de fond.
Armés d’une bêtise puissante, désarmante, ils dissolvent brutalement chacune des occasions offertes d’observer la souffrance, de transformer la douleur.

En invoquant le simple, la légèreté, ils s’engluent de simpliste et de futilité.


Pendant que sur le banc, le poète attend, faisant encore trop souvent l’erreur de croire que l’on souhaite voir le beau et savourer le vrai.

Assis sur le banc, il attend et dresse son silence intérieur. Il a tant été blessé par les mots que l’on découpe grossièrement depuis les ateliers du simple.
Les passants les lui jettent au visage comme autant de membres ensanglantés sortis de l’abattoir et balancés par dessus la clôture à une tribu végétarienne sous les éclats de rires:
– » Tu as vu, ils ne savent même pas se nourrir ».

Lorsque l’enfant curieux et consacré à l’écoute d’un cœur qu’il ne saurait nier s’assiéra au côté de l’homme sur le banc, le poète saura-t-il encore lui parler ?

Franck

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