Le Panier des Mérites

Les ‘mérites’. 

J’ai toujours eu un instinct de recul chaque fois que je me suis trouvé confronté à ces termes. Un peu comme une déception.
Tout va bien, le livre que je lis me plaît, l’auteur me semble honnête et empli de cet allant à communiquer la sève de son expérience spirituelle…et voilà qu’il gâche tout à parler de mérites. Ceux que l’on offre, que l’on reçoit, toute une économie de faveurs qui laisse en bouche un goût de poils de marchands de tapis.

A mon oreille, cette notion  a quelques résidus harmoniques d' »indulgences », ces faveurs dans l’au-delà que l’on achetait dans le monde catholique et qui fit entrer l’austère Luther dans un état historique de protestation.

Peut-être ce terme de mérites n’est-il pas très heureux… Il relève, du moins dans la compréhension que nous pouvons en avoir en ces temps et ces lieux, de la rhétorique de la récompense, de l’élevage canin, et concourt ainsi à l’infantilisation des masses.
Faire quelque chose pour quelque chose. Très loin en effet du non-esprit de profit, mushotoku.
En apparence, du moins…Cette déception vient en grande partie du prisme occidental, marchand, contemporain par lequel nous voyons cette notion.
Ce sont de ces logiques mercantiles qu’il convient de sortir.
Ce n’est pas parce qu’on offre le mérite de notre action que l’on en est pour autant dépourvu.

En anglais, il y a un dicton que l’on présente comme l’équivalent à ‘on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre’, qui dit : « you can’t have your cake and eat it ».
In french, si tu manges ton gâteau tu ne l’as plus dans ta main.

Bon sens ancestral…inapte à rendre compte des échanges subtils.

En ‘matière de spiritualité’, on peut très bien avoir mangé son gâteau avec délectation, et l’avoir encore dans sa main.
Comme un bon goûter, mais quantique. Onde et particule, le biscuit et la beurrière….Enfin, un truc du genre.

Tout cela n’a en fait aucun rapport avec la logique matérialiste qui fait foi ici-bas.

Le panier de fruits de saison que nous offrons à notre hôte et dont nous cessons d’être le propriétaire alors même qu’il passe de nos bras à ceux de celui qui nous reçoit : cela ne s’applique pas aux fluides des mérites. Quand j’offre, je ne perds pas.

Si l’on plaque l’idée du mérite bouddhiste sur l’exemple du panier, non seulement le receveur se voit doté d’un bon panier de fruits mûrs dont il peut bénéficier, mais, du moment où le panier quitte mes mains d’invité,  il laisse place à des fleurs, des joyaux, des rayons de soleil, qui en émanent généreusement.

C’est une bien grande richesse qui s’exprime par le mérite que l’on offre : celle de l’action authentiquement désintéressée.
Et plus le mérite est offert sincèrement, plus le mérite reçu envers soi est important.

Autrement dit, alors que je donne, je reçois d’autant plus qu’il n’y a personne pour recevoir. (Par ‘personne’, j’entends une densification d’éléments calculateurs de mon intérêt personnel).

Autrement autrement dit, à celui qui sincèrement n’a plus rien, qui a su se délester des jeux de nœuds des chaînes du moi, il sera donné, dans une abondance aussi réelle… qu’évanescente.

Franck

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