La Grande Évasion

Trop souvent, la communication verbale n’est que le reflet de notre degré d’enfermement dans nos représentations du monde.

Et plutôt que d’évoquer le contact, lorsque les murailles compactes de nos gestes et de nos mots s’affrontent, nous ferions mieux de parler de collision.

Se pourrait-il que ces deux systèmes carcéraux soient l’un à l’autre une solution d’évasion ?

Certains soirs, il me semble davantage que cet achoppement rugueux entaille des brèches dans le système opposé, forçant son habitant d’infortune à envoyer des renforts, de manière plus ou moins chaotique et selon son degré d’accordage interieur.

Il en est même certains qui sont ainsi bloqués sur le mode de l’urgence de réaction et qui, en permanence, envoient des renforts à chaque point d’observation, et les abreuve de consignes contradictoires.
Jusqu’au moment où les troupes épuisées refusent d’obtempérer et s’assoient en signe de protestation silencieuse.


Voyez-vous l’homme qui porte en lui une question?

Il approche, vêtu d’une simple tunique, marche lentement, dirige le regard vers le sol.

Moine errant, il pense à ses pieds. À chaque instant, ils embrassent le sol, portent son poids, puis s’allegent et quittent à nouveau le sol. Ainsi recueilli, il avance vers le château.

-« Comment peut-on faire en sorte que la communication soit un facteur d’évasion, d’émancipation de nos schémas défensifs, conditionnés et non la sempiternelle ritournelle des rondes anarchiques ? »

Nos elements d’expression sont contradictoires : ils tournent ainsi en rond, d’une part, pour se donner l’opportunité de chercher une réponse à ces enfermements, et d’autre part, le cœur même de la ritournelle est une puissante volonté de statut quo : surtout rester enfermé, surtout ne pas voir.

Des deux agents communicants, il faut que l’un ou l’autre s’évade le premier pour pénétrer l’enceinte fortifiée et sortir le second.

Sortir, se mettre à découvert c’est la première étape lorsque l’on a pu observer les enfermements de l’autre et que l’on souhaite l’aider

Mais il faut avant tout pouvoir s’aider soi-même, avoir pu observer ses propres d’enfermements et s’arracher à la boue de ses conditionnements pour s’évader vers l’autre.

Nous sommes nous ainsi piégés dans une enceinte où chaque pierre a été portée par le passé et il faut pouvoir l’observer.

Toutes nos forces desarmées, arbalètes et lances posées au sol refusant le combat, ayant cessé de croire à nos ordres erratiques.

Alors, nous pouvons mettre un pied dehors.
Dehors, c’est dehors du dedans.
Habiter dehors, ce n’est plus habiter dedans.
Dehors, c’est tellement grand qu’on ne peut le défendre.

Le chevalier sans épée, sans pièces d’or, sans message, ni bouclier, qu’a-t-il à défendre alors et qui peut l’attaquer ?

I‎l lui faudra arriver les mains vides au château courroucé.
Lorsque des flèches perdues se dirigeront vers lui, il devra les éviter sans rien échafauder en retour, aucune stratégie.

Il n’est pas impossible que ce moine soit confronté à une forme brute, abrasive de méchanceté…
C’est alors que le temps passé dans la forêt du dehors sera déterminant sur son aptitude à continuer d’avancer.

‎Et s’il pleure à cet instant, ce ne sera pas des larmes des blessures de son âme, mais les douleurs de l’autre qui causent cette hargne.
‎Et si après les nuits passées à attendre assis sur une pierre, à respirer lentement, les mains posées sur les genoux que la lourde porte de ferraille rouillée ne s’ouvre.

Si celle-ci ne bouge toujours pas, il s’en ira plus profondément dans la forêt dense, creuser l’espace qui manque encore pour que rien ne s’oppose, ni flèches enflammées, ni lances, ni raillerie ou seau d’eau amusé, ni même indifférence.

‎Il creusera l’espace.
Si rien ne s’oppose, rien ne peut arrêter car il n’y a rien pour opposer.
La friction devient fiction

Quand toutes les armes sont jetées, Quand toutes les larmes sont tombées, La lourde porte s’ouvre et le châtelain sort,

Prêt pour une autre vie.

Franck Joseph

@FJ juillet 2018,Tous droits réservés 

 

 

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