Commercial en divin, bonjour…

Faire la volonté de Dieu présente une composante fortement indigeste. Une injonction contradictoire. Un double-bind.
Dès lors que je prétends faire la volonté de Dieu, c’est ‘je’ qui fait et non pas ‘Dieu’.
Comment la volonté de Dieu pourrait-elle s’accomplir autrement que par le silence de ‘je’ ?

Il en va pour ladite volonté du dieu sus-cité comme pour les frites de cette fameuse publicité.
De manière générale, c’est « bien ceux qui en parlent le plus »,  qui la font le moins…

Cette position, brandie comme justificatif universel, relève de l’argumentaire du commercial en Divin.
Elle est d’autant plus difficile à débusquer qu’il s’agit authentiquement de la plus irréfutable des argumentations

…Dès lors qu’il s’agit effectivement de la « volonté de Dieu ».

C’est ici que naissent les caissons à problèmes. A peine les a-t-on déposés qu’il convient de s’en extraire aussitôt. Toute stagnation dans ces eaux peut être fatale :

Qui peut s’ériger en Grand Certificateur Officiel de la Volonté Divine ?

Le pied dans l’ouverture de la porte, notre commercial en divin cherche à accroitre ses parts de marchés. Il recouvre sans vergogne nos fenêtres de ses affiches gluantes.
Sur celles-ci, il se présente comme le grand témoin, et prend les pauses de sagesse en s’affublant d’accoutrements diverses.

La présence de cette tendance au sein des traditions séculières comme des spiritualités dites ‘nouvelles’, ne fait aucun doute.
Chez chacun de nous et à différents niveaux, il est très sain d’identifier ce terrain.

Cette manière de penser est fortement liée à la conception marchande implantée en profondeur dans nos structures.
Elle est violemment inhibitrice de toute démarche spirituelle.
Comme au jeu de go: une case ne peut être occupée par une pièce blanche si elle est occupée par une pièce noire. Ainsi, toute composante marchande dans nos conceptions empêche le développement d’une expression spirituelle. Elle restera enroulée sur elle-même, sous la forme potentielle, dans l’attente de conditions plus favorables.

Le commercial en divin est un professionnel redoutable.
Tristement, il est souvent son propre prospect et le premier destinataire de ses gesticulations bruyantes.
C’est bien lui même qu’il cherche à convaincre en vociférant ou en maniérisant.

Professionnel, il l’est également dans son expectative :
Il attend un retour sur investissement. En effet, il doit trouver compensation pour ses bons et loyaux services.
On retrouve ces déviances marchandes dans un certain type d’approche des pratiques ascétiques.
Il peut parfois sembler qu’il n’y ait pas d’alternatives autres que de revêtir ce costume de commercial.

Sommes-nous capables d’observer ici encore ces tendances à l’œuvre dans nos assises, nos prières, nos actes de communication ?
Pouvons-nous voir, même de manière infinitésimale des restes d’incorporations de ces techniques commerciales au corps de nos kits identitaires ?
Oserons-nous faire fi de ces supports de communication dans nos rapports à l’autre ? Dans nos rapports à l’Autre ?

Franck Joseph


©F.J oct 2018

Lien vers les Recueils en version papier :  RECUEILS

(CF Marchandage des émotions )

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