Rimes et Rituels


Il en va des rituels et des accessoires dans les pratiques spirituelles comme il en va des rimes au travers d’un poème.
Elle créent une esthétique douce et semblent révéler un sens occulte.
Les unes flattent l’écrivain mondain, les autres le pratiquant de surface.

Les rimes font émerger le relief artificiel sur lequel s’attardent les professeurs dévoués et les étudiants laborieux, qui tous à leur manière « aiment également dans leur mûre saison » les rimes que l’on peut dérouler, faire chanter, faire raisonner à foison et qui donnent à ceux qui prétendent à la maîtrise, ici une chaire, là un bon point.

Les rimes religieuses que sont les rituels amputent la pratique spirituelle exactement comme leurs sœurs d’hémistiches contraignent le stylo à suivre leurs tracés.
Rimes et rituels ouvrent autant qu’ils contraignent. L’orientation vers l’ouverture ou la contrainte dépend surtout de l’esprit qui se prête à l’exercice de l’art.

Ainsi, un poète tout en limites et en imitations se verra souscrire à la forme rimée par usage et contraindra son propos aux carcans phonologiques de cette forme.
Le poète tout en espace saura faire jaillir des signifiants merveilleux, fruits de l’entrechoc de ces deux particules lexicales;
Le pratiquant obtus s’astreindra aux rituels que la tradition a plaqués pour lui et aura confiance dans un sens fantasmé s’exprimant au dessus de sa tête et de ses capacités d’appréhension.
Le pratiquant en ouverture verra le rituel pour ce qu’il est. Il saura aussi en extraire l’essence avec sagesse lorsqu’il s’y adonne comme  lorsqu’il lui tourne le dos.

Aussi faut-il que le poète connaisse ses gammes croisées, plates ou embrassées, puis qu’il s’en affranchisse et puisse d’un même élan décider d’en faire fi ou bien de les flatter, sans jamais qu’elles l’empêchent de rester poète, s’il souhaitait s’en passer.

Balise confortable, usuelle, codifiée, le rituel rassure les poètes de l’âme aux gammes restreintes, à la tessiture contraignante.

En cheminant, le pratiquant apprendra à connaître l’ouverture des sentiers éculés, par les sillons délaissés, sans pour autant que l’aventure lui soit le seul confort envisageable comme l’homme des bois préfère toujours dormir au sol quand bien même il séjournerait dans une zone « civilisée ».
Il faut être ignorant lors d’une nuit en ville pour ne pas goûter la chaleur d’un lit molletonné.

Pour autant, quand il faudra juger de celui qui sait, de celui qui ne sait pas, que les repères de néons tous se seront éteints, qu’il nous faudra avancer dans la vraie nuit sans lune, l’homme des bois est bien celui que tous suivront.

De même, le poète affranchi des rimes, et le méditant sans rituels.

Franck Joseph

©FJ Jan 2019
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

Soutien et Participation 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s